Archives quotidiennes : 25 juillet 2022

Une citation : Philippe JACCOTTET

Aujourd’hui j’ai envie de partager avec vous un poème de Philippe Jaccottet, extrait de Chants d’en bas. J’ai peut-être découvert ce poète tardivement, mais à chaque lecture, au hasard des pages, ses propos me ravissent et m’emportent loin de moi. C’est magnifique.

« Déchire ces ombres enfin comme chiffons,

vêtu de loques, faux mendiant, coureur de linceuls :

singer la mort à distance est vergogne,

avoir peur quand il y aura lieu suffit. A présent,

habille-toi d’une fourrure de soleil et sors

comme un chasseur contre le vent, franchis

comme une eau fraîche et rapide ta vie.

Si tu avais moins peur,

tu ne ferais plus d’ombre sur tes pas. »

Philippe JACCOTTET, A la lumière d’hiver, précédé de Leçons et de Chants d’en bas, suivi de Pensées sous les nuages, Gallimard, 1994, p.51.

Le mot du lundi : gnomique, adj.

Bonjour !

À partir des différents documents que j’ai consultés (notamment le Jarrety, le dictionnaire de l’Académie française, etc.), j’ai pu distinguer trois acceptions concernant le terme gnomique :

  1. qui se présente sous forme de sentences, qui est constitué de sentences, maximes, préceptes, conseils pratiques versifiés ;
  2. se dit d’une forme verbale (mode, temps) servant à marquer un fait général : par exemple « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (La Fontaine, Fables). Par ailleurs, on qualifie de gnomique l’emploi du présent que l’on trouve dans les énoncés de de type, par opposition au présent d’énonciation, de narration, de description. Par exemple : « La Terre tourne autour du Soleil » ;
  3. le troisième point se rapporte à la poésie : les poètes de l’Antiquité grecque pratiquaient une poésie dite gnomique, c’est-à-dire qu’ils s’exprimaient par sentences et maximes. Les plus célèbres poètes gnomiques sont Théognis et Phocylide.

Quant à l’étymologie du terme gnomique, il est emprunté au grec gnômikôs, « en forme de sentence », lui-même dérivé de gnômê, « opinion ».

Enfin, pour aller plus loin :

Vignes Jean. Pour une gnomologie : Enquête sur le succès de la littérature gnomique à la Renaissance.. In: Seizième Siècle, N°1, 2005. pp. 175-211;
doi : https://doi.org/10.3406/xvi.2005.853
https://www.persee.fr/doc/xvi_1774-4466_2005_num_1_1_853

Bon début de semaine !