Vous voulez décrire l’apparence d’un personnage de fiction ?
En littérature (car il existe d’autres acceptions), cela porte un nom : la prosopographie. Ce terme vient du grec et signifie « face, figure ». Selon le CNRTL, par métonymie, il s’agit de « personnage, personne ».
Sachez par ailleurs que prosopographie ne concerne pas seulement les êtres de papier, mais aussi les personnes réelles.
L’éthopée quant à elle sert à décrire le caractère, les principes, les mœurs d’un personnage.
Pour aller plus loin et découvrir d’autres termes afférents, je vous incite à consulter le traité de Fontanier, Figures du discours, 1821.
Des résumés, des pistes, des coups de cœur, l’absence de coups de cœur, des analyses approfondies ou superficiellement superficielles, en somme, des lectures courtes ont succédé à de longues lectures, à mon grand plaisir, comme à mon grand ennui, car cela m’arrive parfois.
Et puis, un été en demi-teinte, des airs de vacances qui s’éloignent, le vrombissement des moteurs, et le bruissement du vent.
Je viens de finir, impossible de le lâcher avant d’en connaître la fin, le roman Célèbre … Féroce, dur, aux confins de la folie.
Ce qu’en dit l’éditeur :
« La célébrité est ma vie. Est-ce que j’étais préparée à un tel succès ? Bien sûr que oui. Cléo grandit dans une famille dont elle déplore la banalité. Dès l’enfance, elle n’a qu’une obsession : devenir célèbre. Au fil des années, Cléo saute tous les obstacles qui s’imposent à elle, arrachant chaque victoire à pleines dents, s’entaillant la cuisse à chaque échec. À la surprise de tous, sauf d’elle-même, Cléo devient une star mondiale, accumulant les millions de dollars, les villas à Los Angeles et les récompenses. Bienvenue dans les coulisses de la célébrité, un monde où règnent l’artifice et l’impunité. Célèbre est le récit d’une ascension féroce, brutale et monstrueuse. Un portrait acide et brillant de notre époque. Addictif. »
Image de couverture sur le site Place des libraires
Ce que j’en pense
Époustouflant ! Une telle écriture, une telle inspiration, l’idée, le déploiement d’une histoire démesurément folle, le drame, le dénouement… j’ai adoré de A à Z.
Vous connaissez l’histoire, Cléo a toujours rêvé de célébrité, elle a accédé à son rêve, et, une fois son ambition assouvie (oui, assouvie, comme un fantasme), elle se trouve prisonnière d’elle-même, du personnage extraordinaire qu’elle a elle-même façonné.
La célébrité est ma vie.
Cléo fait penser à une poupée, un peu cassée, disloquée, décontenancée et pourtant narcissiquement fière d’elle. Une poupée cruelle, exécrable avec son entourage professionnel, qui perd le fil de la vie ordinaire, qui s’éloigne de ses proches (ou sont-ce ses proches qui s’éloignent d’elle ?). Une fois parvenue au sommet, comment y demeurer sans ne serait-ce qu’un instant craindre d’être remplacée, comparée, jetée aux oubliettes ?
Si les prémices de la célébrité satisfont Cléo, les fissures apparaissent peu à peu, avant d’occuper et de dévorer tout l’espace… jusqu’au sable fin d’une île paradisiaque.
Le rythme est rapide, les dialogues, serrés, arrivent au bon moment pour apporter plus de corps au récit à la première personne.
C’est un livre de 534 pages, et je suis impressionnée par l’audace stylistique de son autrice ainsi que par l’efficacité de son roman.
Rien ne se passe.
Mièvre ? Seules les guimauves dont se délecte John, personnage dont vous découvrirez le caractère au fil des pages, évoquent tout ce qui est mièvre, mou, difforme.
« Lassé du monde, détourné du suicide par une rencontre fortuite, le héros de ce court roman plonge dans un profond sommeil. Son rêve le conduit alors vers un univers utopique, un double de la terre mais sans le péché originel, un monde où les hommes vivent bons, libres et heureux. Et c’est l’occasion pour Dostoïevski de laisser libre cours à sa veine mystique, investissant son héros, de retour dans le quotidien des hommes, d’une mission évangélique. »
Image de couverture, éditions Actes Sud
Ce que j’en pense
J’ai lu d’une traite ce roman de 59 pages. Il s’agit d’un homme singulier, qui mène une existence solitaire. Dès l’incipit, il se décrit comme un homme ridicule. Selon lui, « tout est égal », en somme, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Il s’apprête alors à se donner la mort…
Est-ce la rencontre d’une petite fille désespérée qui va le bouleverser ?
Alors qu’il est assis dans son fauteuil, il se retrouve dans un cercueil où une forme vient le saisir… et l’emmène sur une Terre semblable à la Terre sur laquelle il vivait. Sur cette Terre, nul ne connaît autre chose que le bonheur, un bonheur béat, dépourvu de tout vice.
Si le vice n’existe pas, c’est le narrateur qui va l’apporter en ce lieu empreint de pureté.
Pourtant lorsqu’il se réveille dans son fauteuil…
Je ne vous dis pas la suite, découvrez-la dans ce récit qui frôle le fantastique.
J’avais 14 ans, je détestais les sports collectifs, je m’écartais à chaque fois que le ballon s’approchait un peu trop près pour l’éviter… Je voulais surtout que personne ne me voie, je voulais disparaître sous terre. Et puis il y a eu cette fille. Elle m’a humiliée devant tout le monde. Pourtant, ce n’est pas elle qui avait 18 en français.
Je l’ai revue 15 ans plus tard, elle m’a demandé son chemin et je lui ai poliment répondu.
Je ne vous parlerai pas seulement de ma scolarité, tant mes angoisses ont indiscutablement leur place ici.
A l’école primaire, j’étais toujours la première en classe. Je fréquentais une petite école communale, j’y avais mes repères, mes copains et mes copines. J’étais à l’aise. J’étais chez moi.
Au collège, mes premières angoisses ont vu le jour. J’ai découvert un cadre déconcertant, des élèves grossiers, la vulgarité, des mots dont j’ignorais jusque-là l’existence et que je ne prononce pas sans me laver la bouche avec du savon après.
Au lycée, certaines nouvelles matières m’ont posé problème comme les sciences économiques et sociales ou les sciences physiques. Ce n’est pas tant que je ne comprenais pas, c’est plutôt que j’étais pétrifiée. Pétrifiée de me tromper, de ne pas avoir la bonne réponse, de n’avoir qu’une réponse incomplète. Être appelée au tableau, effectuer des exercices en cours, recevoir la note d’un devoir… Je craignais qu’on se moque de moi, parce qu’au sein de mon minuscule panthéon intérieur, tout aurait été dévasté.
En seconde, dans ma classe, j’avais repéré d’éventuelles menaces (j’ignorais pourtant tout de l’analyse SWOT à l’époque – cela, c’est pour vous montrer combien je suis érudite), des élèves qui pourraient se moquer de moi, et donc, me briser.
Alors que pour les professeurs et les autres élèves, j’étais douée en cours, pour les autres, les « menaces », je passais pour une « neu-neu ». Comment vivre avec les autres quand on souffre à cause des autres ?
Des questions succèdent à ces questions.
Stupide ? Mal à l’aise ? Nulle en sport ? Timide ? Réservée ? Dans ma tête, mais n’était-ce que dans ma tête, j’étais idiote.
Et je continue à le penser. Je me suis sentie mieux à partir de la classe de première. J’avais retrouvé ma place.
Aujourd’hui j’ai toujours mal. J’ai moins mal mais j’ai toujours mal.
L’EMDR, un outil thérapeutique incroyable, m’a fait un bien fou.
C’était quoi déjà le titre de mon billet d’humeur ?
Je m’arrête là pour ce soir, mes idées se multiplient vaguement comme des paramécies.
Ce soir, ni mes romans, ni mes ouvrages sur l’art, ni mes dizaines de dictionnaires, manuels et grammaires ne sauront me consoler (qui se console en lisant le traité sur la ponctuation par Jacques Drillon ?). Kirsten Dunst dans Marie-Antoinette ou Isabelle Huppert dans Saint-Cyr (un DVD dont je vous parlerai au demeurant, surtout si vous vous intéressez au XVIIe siècle), Chopin ou mes disques de chants grégoriens me tombent des mains.
Pourquoi ?
Nulle raison, sinon la mélancolie qui me surprend alors que j’ai passé une bonne journée, et puis le soir vient, je reçois un mail qui me blesse, et tout se remet en marche, les châteaux en ruine, des rapaces, des buissons obscurs, en somme leromanesque prend le pas sur le réel.
Et cela arrive incessamment.
Les souvenirs sont des roses innocentes, et les ronces pleines de mûres appellent les sens, on cueille les fruits tout en se vautrant parmi les aiguillons.
Je suis lasse de faire semblant de vivre, je ne quitte pas la diégèse, comme c’est confortable, je suis dans l’ouvrage même que j’écris dans ma tête, et je n’en sors pas. Prisonnière (encore une référence au gothique que vous aviez bien entendu reconnue). Ou pas, je ne sais pas encore.
Pourquoi toujours introduire de la poésie là où elle n’est pas nécessaire, pourquoi attendre des autres ce qu’ils ne sont pas capables de vous donner, pourquoi attendre une réponse alors que vraisemblablement, elle n’arrivera jamais.
Et pourtant, comme j’aime cet univers que j’ai créé de toutes pièces, il est fait des romans de Jane Austen, de Belle du Seigneur, et puis d’autres ouvrages, Ann Radcliffe, Maupassant, Racine, en vrac.
Je pensais sincèrement avoir laissé tant de choses derrière moi, mais elles me rattrapent, et c’est normal, et c’est comme ça, parce que je suis vivante. L’amour, l’amitié, tout cela, je les ai virés de ma vie parce que c’était plus commode.
Je vous prie de m’excuser, rares mais courageux lecteurs, d’avoir vomi tant de fiel et de tristesse, mais cela ne fait-il pas grandement partie de la littérature dont j’essaie de vous parler par ailleurs ? Le courrier que j’attends ne viendra pas, et l’ouvrage biographique de Louis XIV par François Bluche est décidément trop épais.
Je lis très peu en ce moment. J’ai mis des jours et des jours à finir les Œuvres intérieures de Charlotte Augusta, et pourtant j’ai apprécié la grâce et la finesse dont ce roman est empreint. Ma lecture s’est tellement déployée dans le temps que je ne saurais pas précisément vous en parler.
C’est pourtant un très beau roman, dont je ferai peut-être une chronique sous peu.
En attendant, le saviez-vous, j’ai un penchant pour les albums jeunesse (que je n’avais pas avant de travailler au pôle jeunesse). Récemment, j’ai adoré L’Incroyable catalogue des monstres de Grégoire Kocjan et Mateo Dineen aux éditions Margot.
Voici quelques trouvailles dans ma bibliothèque :
Claude Ponti, Voyage au pays des monstres, Olivier Tallec et son écureuil, Pomelo dont les interrogations ne sont pas dénuées d’intérêt, Nous, on n’aime pas les enfants ! de Lucille Dubisy et Grégoire Mabire aux éditions Mijade et enfin Les monstres ne boivent pas de lait fraise de Marie-Hélène Versini et Vincent Boudgourd aux éditions Gallimard jeunesse.
Hier soir j’ai suivi mon cours d’histoire de l’art, c’était sur l’art gothique. Passionnant. Si vous avez la possibilité de vous inscrire à l’École du Louvre pour y suivre l’initiation à l’histoire de l’art en tant qu’auditeur libre, n’hésitez pas ! Chaque cours, dispensé par des professeurs différents, regorge de pépites et donne envie d’en découvrir encore davantage (le propre de l’enseignement me direz-vous).
Voulez-vous savoir ce que je vais bientôt lire, quels ouvrages attendent sur ma table de chevet (c’est-à-dire au pied de mon lit) ? Non mais sérieusement, vous croyez vraiment que je vais vous livrer toutes mes références d’un coup ?
Bon.
Ceci dit, j’ai un article à terminer d’écrire, un livre sur la veille à stabiloter et un Ubu Roi à ranger dans ma bibliothèque.
Aujourd’hui j’ai (enfin) lu Ubu Roi, qui manquait véritablement à mon Panthéon littéraire.
Résumé de l’éditeur
« Dans une Pologne imaginaire, aux confins de « nulle part » et « nul ne sait où », le Père Ubu a, dit-on, tué le roi et usurpé le pouvoir. Effrayante et ridicule à la fois, cette créature étrange, jamais avare de grossièretés, nous entraîne dans une farce rocambolesque où l’on rit, mais où l’on frémit aussi quand sont dénoncés les vices de notre humanité. »
Ce j’en pense
Je n’ai pas tellement plus à dire que les intellectuels qui ont écrit sur Cairn (un de mes sites favoris pour y piocher des analyses toujours fouillées) et dont j’ai rapidement parcouru les articles au sujet de ce drame, à part que cette pièce en cinq actes a su me tenir en haleine ! Déconcertante de grossièreté, elle est aussi fantaisiste, grotesque, cocasse ! C’est un véritable jeu (verbalement labyrinthique ?) pour le lecteur, déjà pour se référer aux notes de bas de page afin de, disons-le, comprendre le vocabulaire employé, détourné, inventé… mais aussi pour suivre, outre le personnage principal, soit le père Ubu, les personnages hauts en couleur, tous plus bêtes, caricaturaux et suffisants les uns que les autres.
J’ignore si cela a déjà été fait, mais une telle pièce mériterait un dictionnaire des plus fouillés. A vos claviers !