Archives quotidiennes : 24 septembre 2024

Ce mardi 24 septembre 2024 – Introduction (incipit ?)

Le ciel est gris, telle est mon humeur : un peu morose. Non, j’exagère. Je viens de finir ma chronique sur le Double, j’ai omis nombre d’idées et de citations, dommage. J’espère toutefois toujours être lue. Je commence tout juste cette rubrique, aussi extraordinaire qu’infra-ordinaire (j’ai déjà dû vous le dire, relisez Perec, ses œuvres son géniales).

Ma plante reprend peu à peu ses esprits (elle était si pâle !), ce qui est, en soi, réjouissant. Je regarde les voitures passer par la fenêtre de mon bureau. Les gens sont vêtus de sombres couleurs.

La médiathèque est là, en face, en contre-bas. J’ai hâte de reprendre le travail. Jeudi.

J’ignore encore quel livre je vais commencer à présent.

Ce billet est plat.

Allez. Un jour, je vous raconterai.

DOSTOIEVSKI, Fiodor, Le Double (1846)

Je viens de finir Le Double, roman de Dostoïevski publié en 1846. Notons le sous-titre étonnant : Poème pétersbourgeois. J’ai beaucoup aimé ce roman, qui nous emmène tortueusement dans les affres du genre humain.

Ce qu’en dit l’éditeur

Image publiée sur le site d’Actes Sud

« Etrange récit que Le Double, texte précoce dans la carrière de l’écrivain (sa parution date de 1846) où déjà se lisent toutes ses obsessions, et modèle de récit fantastique. Dostoïevski met là en scène de manière magistrale la présence inquiétante de l’autre, sans que jamais le lecteur parvienne à faire la part de la folie du héros ou de la bizarrerie du réel.

Le quotidien de Goliadkine, entre son appartement pétersbourgeois de la rue des Six-Boutiques et le ministère où il est fonctionnaire, se brouille peu à peu. Le héros ne cesse en effet de se sentir persécuté par une réplique identique de sa personne : son double le suit dans la rue, s’introduit dans son appartement, sur son lieu de travail, va jusqu’à manger à sa place au restaurant… »

Ce que j’en pense

« Trouble », tel est l’un des termes récurrents dans l’œuvre. Bien que faible pour le qualifier, il démontre l’état d’esprit de « notre héros » tout au long du récit.

« Notre héros », c’est Iakov Pétrovitch Goliadkine, fonctionnaire. Sa vie est rangée, il se rend le matin au travail au ministère, puis le soir regagne simplement sa demeure. Le narrateur, en effet le nomme constamment « notre héros », alors que la situation le présente davantage et rapidement comme quelqu’un de commun, sinon comme un anti-héros.

Rapidement, stupéfaction, des collègues qu’il rencontre le regardent les yeux écarquillés… Bientôt, il rencontre un homme qui lui ressemble trait pour trait. Qui est cet individu ? Si Goliadkine l’héberge une nuit chez lui, il se rend compte à son réveil que la situation lui échappe. L’homme rencontré la veille est déjà parti. Goliadkine ne sait pas encore quelle tournure vont prendre les évènements…

Ombre, étranger, ennemi, tels sont quelques-uns des termes qu’emploie le narrateur à l’encontre de cet individu singulier (singulier ? le terme est choisi à dessein). Car la situation s’inverse, il devient rapidement l’ombre de cet homme, qui semble être lui, en plus enjoué, plus drôle, plus intéressant.

« Monsieur Goliadkine voulait s’enfuir de lui-même. »

Pourquoi ? Tout simplement parce que son « double », qu’il nomme Monsieur Goliadkine cadet, « ennemi mortel », « indécent ennemi », prend insidieusement sa place au bureau, au restaurant, joue le beau rôle face aux supérieurs qu’il n’hésite pas à flatter… Le « trouble » me semble dès lors un euphémisme, tant le quotidien de « notre héros » est bouleversé. De supérieur en supérieur, les larmes aux yeux, il va tenter de se faire entendre. Notre héros passe alors de l’incompréhension à la honte, de la honte au désespoir.

Dès lors, imagination, cauchemar, folie ? Il est bien question, selon moi, d’un désordre psychique qui confronte un homme ordinaire à sa propre duplicité… Attendons la fin du roman.

Pour aller plus loin

Catherine GERY, « Les » Goliadkine ou la duplicité du mal (à propos du Double de Dostoïeski », La force du mal dans l’œuvre de Dostoïevski, Hermann, 2019.

Ariane GELINAS, « Identité trouble: manifestations du double », Postures, n°14, consultable en ligne : http://revuepostures.com/frarticles/gelinas-14

Camilo RAMIREZ, « Figures du double à soi-même ignorées », La cause du désir, n°102 (source à vérifier)