En vrac, pour inaugurer ma rubrique « ponctuation »

En vrac, voici quelques règles de base ou éléments relatifs à la ponctuation :

  • , etc. est toujours précédé d’une virgule et suivi d’un point (et surtout pas de points de suspension).
  • En orthotypographie, le terme espace est féminin : une espace.
  • Dans une phrase, le sujet ne peut pas être séparé du verbe par une seule virgule (cela se produit plus souvent qu’on ne le pense). Par exemple, cette phrase est incorrecte : Persée, trancha la tête de Méduse. En revanche la phrase suivante est correcte : Persée, caché dans la pénombre de la grotte, trancha la tête de Méduse.

Si comme moi, la ponctuation vous passionne, si vous voulez en savoir plus sur l’usage des parenthèses, des tirets ou encore du point-virgule, je vous invite à lire le Traité de la ponctuation française de Jacques DRILLON, Gallimard, 1991.

Bonne soirée ! 😉

Wu XIAOLE, Les enfants des riches (2018)

Je viens de lire d’un trait Les enfants des riches (2018) de Wu Xiaole et j’ai adoré ce roman.

L’histoire se déroule de nos jours à Taïwan. Yunxian est mariée avec Dingguo ; ils ont un fils, Peichen, qui entre en primaire.

Yunxian demeure obsédée en permanence par l’appartement que son époux lui avait promis, dont il devait hériter et sur lequel ils ont dû tirer un trait après leur mariage. Si d’emblée, la jeune femme apparaît comme envieuse et cupide – elle rêve notamment d’une vie plus belle, plus aisée surtout que celle que mène sa sœur – elle est aussi obnubilée par ce qu’elle imagine être le rôle d’une mère parfaite.

Dans une société marquée par un système éducatif extrêmement compétitif, Yunxian se montre progressivement sur-préoccupée par l’éducation de son fils.

La jeune femme fait la connaissance du patron de Dingguo, Cai Wande (Ted), et de sa femme Jiaqi lors d’une fête d’anniversaire organisée par ces derniers. Yunxian s’y rend d’abord à contrecœur, dans l’espoir unique que Dingguo obtienne une promotion. Puis leurs deux fils se lient d’amitié.

Yunxian s’avère fascinée autant qu’intimidée par ce milieu qui lui semble incarner la perfection. Tout y est grand, beau, de bon goût.

« L’ascenseur s’ouvrit sur deux portes ; celle de gauche menait au somptueux appartement de la famille Cai. Une table basse carrée en bois de cerisier agrémentait l’entrée, le vase en porcelaine posé dessus figurant des carpes koi et des fleurs de lotus dans un étang. Le résultat était saisissant de vie et de magie. »

C’est lors de cette fête que l’histoire s’amorce réellement puisque à son terme Jiaqi fait une proposition incroyable à Yunxian : le patron de Dingguo prendra en charge les frais de scolarité de Peichen dans une école privée très cotée où leur fils Haoqian (Chris) sera également inscrit.

Comment refuser une proposition aussi alléchante lorsqu’on ne pourrait payer de tels frais de scolarité qu’au prix d’énormes sacrifices et lorsqu’on est persuadé.e que l’avenir de son enfant en dépend ?

Mais un tel arrangement ne peut être sans contrepartie : Yunxian va l’apprendre à ses dépens.

Bonne journée à vous !

Edition : Wu XIAOLE, Les Enfants des riches, Editions Payot & Rivages, 2022.

Le mot du lundi : spoudogeloion, n.m.

Bonjour ! Le mot du lundi ne serait pas ce qu’il est sans le décryptage de termes peu usités ! J’ai donc choisi spoudogeloion aujourd’hui.

J’ai trouvé une seule définition dans mes « grimoires », elle est issue du Lexique des termes littéraires, sous la direction de Michel Jarrety :

« Ce terme caractérise un genre d’écriture qui associe des thèmes ou des styles contrastés, en traitant par exemple sur le mode comique un contenu sérieux, ou en utilisant un style élevé pour décrire un évènement bas et comique. »

Il est plus loin question de Rabelais, qui dans le prologue de Gargantua (1535) explique « comment derrière le caractère comique de l’œuvre se cache une « substantifique moëlle », c’est-à-dire un contenu sérieux et philosophique. »

Spoudogeloion vient du grec spoudaios, « sérieux », et geloion, « risible, comique » : on retrouve bien dans son étymologie le rapprochement entre des éléments sérieux et comiques que ce terme dénote.

Passez un bon lundi !

Karine TUIL, Les Choses humaines (2019)

Hier soir j’ai fini de lire Les Choses humaines de Karine Tuil.

Dans ce roman il est question notamment de pouvoir (Jean Farel, l’un des personnages principaux, est journaliste politique, Claire Farel est une essayiste connue, ils évoluent dans un milieu aisé), de réussite socio-professionnelle, de réputation.

Le fils de Jean et de Claire, Alexandre, est un brillant étudiant qui se destine à une carrière non moins brillante aux Etats-Unis.

Jusqu’au jour où il dérape (mais dérape-t-il ?)

Accusé de viol, il bascule en « zone grise ». Sa parole se fige contre celle de sa victime ; la notion de consentement est abordée, questionnée, mise en cause. Les Choses humaines trace le chemin des personnages jusqu’au procès, avec pour interrogation persistante : est-il réellement coupable ?

« On ne saura jamais ce qui s’est précisément passé dans ce local entre 23h20 et 00h05 la nuit du 11 au 12 janvier 2016. Eux seuls le savent. Vous aurez beau écouter des témoins, des récits, cela restera l’objet de suppositions, de fantasmes, voire de fiction. La réalité est toujours beaucoup plus complexe que ce qu’elle donne à voir. »

Bonne lecture !

Edition : Karine TUIL, Les Choses humaines, Gallimard, 2019.

Le mot du lundi : narratologie, n.f.

Je vous ai déjà parlé de narratologie. Mais que recouvre cette science de la narration ?

La narratologie est une discipline qui étudie les techniques et structures narratives du récit ainsi que l’instance narrative.

Trois concepts principaux entrent en jeu :

  • l’histoire ;
  • le récit ;
  • la narration.

Il s’agit de répondre à des interrogations telles que :

  • Comment fonctionne le récit ?
  • Quelles sont ses modalités ?
  • Qu’en est-il de l’intrigue ?
  • Qu’en est-il de la temporalité ?

Le personnage, notamment, est aussi étudié.

Historiquement, la narratologie se base sur le formalisme russe des années 1920 puis sur le structuralisme français des années 1960-1970 .

Passez un bon lundi !

David FOENKINOS, Deux sœurs (2019)

Mathilde est professeure de lettres, un métier qu’elle adore. Elle vit avec son petit ami Etienne. Ils doivent bientôt se marier et fonder une famille.

Mais tout s’écroule lorsque Etienne la quitte brusquement.

La première partie du roman montre la douleur et l’incompréhension de Mathilde. Dévastée, elle cherche à connaître la raison de sa rupture et cette raison a un nom : Iris, l’ex-compagne d’Etienne qui vient de rentrer de l’étranger. Son grand amour.

Mathilde perd pied. Sa douleur est telle qu’elle en déforme la réalité. Elle entend des choses qu’elle seule entend, mais elle l’ignore.

Lorsqu’elle doit quitter son appartement, Mathilde est accueillie par sa sœur Agathe qui est mariée avec Frédéric et a un bébé, Lili.

Mathilde s’installe peu à peu dans la vie d’Agathe et Frédéric. La cohabitation prend insidieusement une tournure imprévue. L’attitude de Mathilde s’avère douloureusement mesquine. Elle multiplie les actes déplacés. Jusqu’où va-t-elle aller ?

Le mot du lundi : catachrèse, n.f.

Bonjour ! Aujourd’hui nous allons parler rhétorique via le terme catachrèse.

Cette figure de style consiste à détourner ou à étendre un mot de son sens propre et strict pour l’appliquer à une autre réalité, à une autre idée, ce par :

  • métaphore ;
  • métonymie ;
  • synecdoque.

Exemples : « les pieds d’une table », « les bras d’un fauteuil », « en dent de scie »…

Le Petit Robert précise que cet usage est si courant que le terme détourné n’est plus senti comme relevant d’une figure de style : il est lexicalisé, c’est-à-dire transformé en une unité lexicale autonome (Cnrtl).

A jeudi !

Lisa BALAVOINE, Eparse (2018)

Eparse se compose de fragments empreints de poésie, un peu décalés aussi, tantôt élégants, tantôt plus grossiers, pour ne pas dire parfois complètement déjantés. Il est question d’amour, d’amants, de solitude, d’enfants, de doutes et d’échecs… Souvent sous forme de listes, d’inventaires qui ne laissent pas indifférent.e : énumérations de verbes ou d’expressions qui se suivent, se contredisent, rebondissent, nous racontent l’histoire que son autrice veut bien nous livrer… Sortes de billets éparpillés, griffonnés ça et là au détour d’une phrase, d’un mot qui en appellent d’autres, sur fond d’analepses, de prolepses, de jeux sur les mots, c’est magnifique.

Bonne lecture !

Le mot du lundi : isotopie, n.f.

Bonjour !

Aujourd’hui je vais vous parler d‘isotopie, un terme que vous avez dû rencontrer maintes fois si vous lisez mes analyses littéraires ;).

Ce concept a été introduit par le sémioticien A.J. Greimas dans son ouvrage Sémantique structurale : recherche de méthode (1966).

Il renvoie basiquement à un réseau de signifiés, ce qui n’est pas sans évoquer le champ lexical ou champ sémantique. L’isotopie est toutefois plus large.

Pour paraphraser Greimas et Courtés (Sémiotique : dictionnaire raisonné de la théorie du langage, 1979) il s’agit fondamentalement de l’itérabilité (répétition, récurrence) d’éléments qui confère au texte son homogénéité.

Enfin, cette itérabilité se manifeste de trois manières :

  • dénotation ;
  • connotation ;
  • analogie.

Bon lundi pascal !