Archives mensuelles : octobre 2022

Le mot du lundi : synesthésie, n.f.

On parle de synesthésie (du grec syn, « avec » (union) et aesthesis, « sensation ») lorsque l’excitation d’un sens fait naître des impressions d’un autre sens.

Par exemple, NERVAL écrit dans Aurélia : « Des couleurs, des odeurs et des sons je voyais ressortir des harmonies jusqu’alors inconnues ».

Un exemple très connu, il s’agit du poème d’Arthur RIMBAUD, « Voyelles » :

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes : (…) »

Dans la vie ordinaire également on attribue couramment, en effet, des couleurs aux lettres de l’alphabet ou aux nombres : on parle là aussi de synesthésie.

A bientôt !

Kazuo ISHIGURO, Klara et le Soleil (2021)

J’ai tout récemment lu Klara et le Soleil de Kazuo Ishiguro. Après Auprès de moi toujours, la barre était haute. J’ai simplement adoré.

Il s’agit d’abord d’intelligence artificielle : Klara, une « AA », une Amie Artificielle, attend dans la vitrine d’un magasin d’être choisie. Elle observe les passants et guette le soleil qui lui apporte ses nutriments essentiels. Jusqu’au jour où une jeune fille la remarque en vitrine et lui promet de revenir la chercher, bien que sa mère paraisse dubitative : elle préfèrerait pour sa fille un modèle plus récent, plus sophistiqué. La promesse est toutefois tenue, et Klara va accompagner dans sa vie quotidienne Josie, cette jeune fille maladivement fragile.

Klara n’est pas vraiment décrite, son apparence est laissée à l’imagination du lecteur. En revanche elle se révèle sensible au point d’entreprendre une action étrange avec l’aide de l’ami de Josie, Rick, afin que Josie guérisse.

Dans Klara et le Soleil, il est question de relation mère-fille, de l’emprise de la mère qui fomente un étrange projet, il y a des non-dits, notamment sur la mort de la grande sœur de Josie ; sont abordés également l’amitié, le dévouement, le pouvoir : l’Amie Artificielle, qui se tient toujours à disposition des humains, légèrement en retrait, ne demeure-t-elle pas un objet que l’on manipule à sa guise ?

Je ne vous en dis pas plus, lisez-le, c’est une histoire magnifique empreinte d’émotion et d’une beauté simplement magique.

Le mot du lundi : homéoptote, n.m.

« Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule ridicule » (Queneau, Exercices de style, 1947).

Cela ne peut nous échapper, nombre de mots dans cette phrase comportent une finale semblable (« -ule ») dans cet extrait de Queneau (j’ai lu Exercices de style mais cet extrait figure dans le Cnrtl).

Tout d’abord, il est intéressant de considérer l’élément homéo. Issu du grec, il signifie « semblable » et sert initialement à construire des mots dans deux domaines :

  • la médecine ;
  • les sciences physiques.

Associé à l’élément ptote (ptotis) qui signifie « cas » en grec, il relève de la stylistique : l’homéoptote consiste à accumuler dans une phrase plusieurs mots aux finales identiques comme nous l’avons observé dans l’exemple ci-dessus.

Une autre figure de style commence par homéo, il s’agit d’homéotéleute : la nuance est assez ténue… sachant qu’une homéotéleute est définie par le CNRTL comme une « f]igure de style consistant à placer en fin de phrases ou de membres de phrases assez rapprochés des mots dont les finales semblables sont sensibles à l’oreille ».

A la semaine prochaine !

Le mot du lundi : stylème, n.m.

Si stylème semble renvoyer basiquement au style d’un auteur, à un idiolecte, il recouvre une réalité des plus complexes parce qu’il convoque justement d’autres concepts à leur tour des plus complexes.

Selon MOLINIE et VIALA, dans Approches de la réception (1993), le stylème est « un caractérisème de littérarité ». Dans le même chapitre, il s’agit de régularité langagière et de marquage : « la marque a un rôle à le fois interne, concernant l’autarcie du discours littéraire, et externe, définissant la différenciation spécifique. Le marquage est donc lié à la surcaractérisation littéraire du discours. »

Afin de simplifier cette conceptualisation, on parle aussi pour le style d’auteur de « signature stylistique ».

Nous retiendrons donc que stylème est un fait stylistique qui apparaît fréquemment dans différents textes d’auteurs mais qu’il ne s’y réduit pas.

Quelques exemples :

On pense à la phrase averbale de Pierre LOTI, au syntagme nominal des frères GONCOURT, aux points de suspension de CELINE, à l’apposition chez SARTRE, aux participes présents chez Claude SIMON (ces exemples proviennent de l’article de VAUDREY-LUIGI, « De la signature stylistique à la reconnaissance d’un style d’auteur »).

Voici les références :

VAUDREY-LUIGI Sandrine, « De la signature stylistique à la reconnaissance d’un style d’auteur », Le français aujourd’hui, 2011/4 (n°175), p. 37-46. DOI : 10.3917/lfa.175.0037. URL : https://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2011-4-page-37.htm

MOLINIé Georges, VIALA Alain, « Stylème », dans : , Approches de la réception. Sémiostylistique et sociopoétique de Le Clézio, sous la direction de MOLINIé Georges, VIALA Alain. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Perspectives littéraires », 1993, p. 31-42. URL : https://www.cairn.info/–9782130451013-page-31.htm

Et, pour aller plus loin :

Davide Vago, « Balzac & l’excès du réel », Acta fabula, vol. 16, n° 4, Notes de lecture, Avril 2015, URL : http://www.fabula.org/acta/document9281.php, page consultée le 03 octobre 2022

Molinié Georges. Un style de Molière ?. In: L’Information Grammaticale, N. 56, 1993. pp. 28-32.

DOI : https://doi.org/10.3406/igram.1993.3167

www.persee.fr/doc/igram_0222-9838_1993_num_56_1_3167

Passez un bon lundi !