Je viens de finir, impossible de le lâcher avant d’en connaître la fin, le roman Célèbre … Féroce, dur, aux confins de la folie.
Ce qu’en dit l’éditeur :
« La célébrité est ma vie. Est-ce que j’étais préparée à un tel succès ? Bien sûr que oui. Cléo grandit dans une famille dont elle déplore la banalité. Dès l’enfance, elle n’a qu’une obsession : devenir célèbre. Au fil des années, Cléo saute tous les obstacles qui s’imposent à elle, arrachant chaque victoire à pleines dents, s’entaillant la cuisse à chaque échec. À la surprise de tous, sauf d’elle-même, Cléo devient une star mondiale, accumulant les millions de dollars, les villas à Los Angeles et les récompenses. Bienvenue dans les coulisses de la célébrité, un monde où règnent l’artifice et l’impunité. Célèbre est le récit d’une ascension féroce, brutale et monstrueuse. Un portrait acide et brillant de notre époque. Addictif. »
Image de couverture sur le site Place des libraires
Ce que j’en pense
Époustouflant ! Une telle écriture, une telle inspiration, l’idée, le déploiement d’une histoire démesurément folle, le drame, le dénouement… j’ai adoré de A à Z.
Vous connaissez l’histoire, Cléo a toujours rêvé de célébrité, elle a accédé à son rêve, et, une fois son ambition assouvie (oui, assouvie, comme un fantasme), elle se trouve prisonnière d’elle-même, du personnage extraordinaire qu’elle a elle-même façonné.
La célébrité est ma vie.
Cléo fait penser à une poupée, un peu cassée, disloquée, décontenancée et pourtant narcissiquement fière d’elle. Une poupée cruelle, exécrable avec son entourage professionnel, qui perd le fil de la vie ordinaire, qui s’éloigne de ses proches (ou sont-ce ses proches qui s’éloignent d’elle ?). Une fois parvenue au sommet, comment y demeurer sans ne serait-ce qu’un instant craindre d’être remplacée, comparée, jetée aux oubliettes ?
Si les prémices de la célébrité satisfont Cléo, les fissures apparaissent peu à peu, avant d’occuper et de dévorer tout l’espace… jusqu’au sable fin d’une île paradisiaque.
Le rythme est rapide, les dialogues, serrés, arrivent au bon moment pour apporter plus de corps au récit à la première personne.
C’est un livre de 534 pages, et je suis impressionnée par l’audace stylistique de son autrice ainsi que par l’efficacité de son roman.
Rien ne se passe.
Mièvre ? Seules les guimauves dont se délecte John, personnage dont vous découvrirez le caractère au fil des pages, évoquent tout ce qui est mièvre, mou, difforme.
« Lassé du monde, détourné du suicide par une rencontre fortuite, le héros de ce court roman plonge dans un profond sommeil. Son rêve le conduit alors vers un univers utopique, un double de la terre mais sans le péché originel, un monde où les hommes vivent bons, libres et heureux. Et c’est l’occasion pour Dostoïevski de laisser libre cours à sa veine mystique, investissant son héros, de retour dans le quotidien des hommes, d’une mission évangélique. »
Image de couverture, éditions Actes Sud
Ce que j’en pense
J’ai lu d’une traite ce roman de 59 pages. Il s’agit d’un homme singulier, qui mène une existence solitaire. Dès l’incipit, il se décrit comme un homme ridicule. Selon lui, « tout est égal », en somme, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Il s’apprête alors à se donner la mort…
Est-ce la rencontre d’une petite fille désespérée qui va le bouleverser ?
Alors qu’il est assis dans son fauteuil, il se retrouve dans un cercueil où une forme vient le saisir… et l’emmène sur une Terre semblable à la Terre sur laquelle il vivait. Sur cette Terre, nul ne connaît autre chose que le bonheur, un bonheur béat, dépourvu de tout vice.
Si le vice n’existe pas, c’est le narrateur qui va l’apporter en ce lieu empreint de pureté.
Pourtant lorsqu’il se réveille dans son fauteuil…
Je ne vous dis pas la suite, découvrez-la dans ce récit qui frôle le fantastique.
Aujourd’hui j’ai (enfin) lu Ubu Roi, qui manquait véritablement à mon Panthéon littéraire.
Résumé de l’éditeur
« Dans une Pologne imaginaire, aux confins de « nulle part » et « nul ne sait où », le Père Ubu a, dit-on, tué le roi et usurpé le pouvoir. Effrayante et ridicule à la fois, cette créature étrange, jamais avare de grossièretés, nous entraîne dans une farce rocambolesque où l’on rit, mais où l’on frémit aussi quand sont dénoncés les vices de notre humanité. »
Ce j’en pense
Je n’ai pas tellement plus à dire que les intellectuels qui ont écrit sur Cairn (un de mes sites favoris pour y piocher des analyses toujours fouillées) et dont j’ai rapidement parcouru les articles au sujet de ce drame, à part que cette pièce en cinq actes a su me tenir en haleine ! Déconcertante de grossièreté, elle est aussi fantaisiste, grotesque, cocasse ! C’est un véritable jeu (verbalement labyrinthique ?) pour le lecteur, déjà pour se référer aux notes de bas de page afin de, disons-le, comprendre le vocabulaire employé, détourné, inventé… mais aussi pour suivre, outre le personnage principal, soit le père Ubu, les personnages hauts en couleur, tous plus bêtes, caricaturaux et suffisants les uns que les autres.
J’ignore si cela a déjà été fait, mais une telle pièce mériterait un dictionnaire des plus fouillés. A vos claviers !
Roman perdu dans un train, à mon grand regret (je venais de le finir)…
Ce qu’en dit l’éditeur:
« Deux grands yeux s’approchèrent de mon visage et soudain, je ressentis une douleur fulgurante, comme si deux grandes aiguilles espacées de quelques pouces seulement s’enfonçaient profondément dans ma poitrine. Je me réveillai en hurlant. La chambre était éclairée par la chandelle qui était restée allumée toute la nuit, et je vis une silhouette féminine au pied de mon lit, un peu sur la droite. »
« L’action se passe dans un château de Styrie. L’héroïne, la jeune Laura, tombe sous le charme de la belle et mystérieuse Carmilla, dont l’arrivée énigmatique dans ce lieu isolé marque l’initiale d’une amitié tendre et exaltée.
De l’ouverture presque bucolique à la destruction du vampire que se révèle finalement être Carmilla, tout est là des ingrédients d’un roman gothique, classique du genre.
Mais ici, le vampire est une femme, et à la transgression vampirique s’ajoute celle de l’homosexualité féminine, dans un récit tout de séduction et de sensualité. »
Ce que j’en pense :
Encore une histoire de vampire !, me direz-vous. Mais celle-ci a une particularité : le vampire est en réalité une vampire.
Roman fondé sur une structure binaire : la candeur de l’héroïne, Laura, fait face à la beauté ensorceleuse de cette jeune fille arrivée de nulle part, Carmilla.
C’est l’histoire d’une relation qui débute, mi-amicale, mi-amoureuse, toute en sensualité.
On trouve d’emblée les indices du récit vampirique : une forme noire, mouvante, qui surgit en pleine nuit, une morsure, des faits demeurant inexpliqués, un château isolé, des médecins sceptiques…
Le lecteur sait, devine, comprend dès le commencement ce qui se passe. Une jolie jeune femme, une morsure la nuit qui laisse deux petits trous sur la peau, des chuchotements, des regards en biais… Comment, me direz-vous, l’héroïne peut-elle ignorer ces marques sur la peau ? Laura est naïve, certes, et puis le personnage en tant qu’invention ne se confronte-t-il pas à la toute-puissance de l’auteur, comme à la toute-puissance du lecteur, qui, a accès, outre à la fin de l’œuvre, à tout l’outil péri-paratextuel ?
La question sous-jacente est simple, mais il me semble facile, ou plutôt agréable, ce qui n’a rien à voir, de la décorer de jolies ornements textuels…
A savourer via une lecture purement narratologique ?
Note pour moi-même : prochaine chronique, une bibliographie sur le sujet, pour aller plus loin.
« Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d’un linceul trempé qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s’écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu’elle était morte. Elle était jeune et belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres. »
« Extrait du journal de Rupert Sent Leger, cette scène — dans la pure tradition du genre — donne bien le ton de cet admirable roman gothique où s’entrelacent lettres, billets, fragments de journal intime et notes pour raconter les aventures étranges et inquiétantes d’un jeune homme sans le sou devenu du jour au lendemain châtelain dans les Balkans… »
(Image des éditions Actes Sud)
Ce que j’en pense
Un roman subtilement enchâssé que je n’aurais probablement pas découvert si je n’avais lu Dracula !
Testament, échanges épistolaires, journal du héros, Rupert, tissent la trame de ce roman incroyable, d’une beauté sombre et lumineuse (au passage, ceci n’est pas un oxymore), à l’image de la mystérieuse « Dame », personnage tout en nuances.
L’amour serait-il la pierre angulaire de tout roman ? Il l’est en tout cas dans la Dame au linceul, réceptacle de terreurs enfouies, est-ce un rêve, un fantasme, une machination, est-ce réel ? Le lecteur, tenu en haleine par ces apparitions incrédibles (adjectif validé par le Cnrtl), frissonne, écarquille les yeux, y croit, n’y croit pas, s’interroge, hésite (la fameuse hésitation théorisée par Todorov au sujet du fantastique), entre peur et fascination.
L’ajout de la lecture proposée par Alain Chareyre-Méjan est des plus pertinents, il apporte une lumière nouvelle parce que richement intertextuelle à ce roman de l’auteur de Dracula.
« Le château des carpathes : « Mais à peine avait-il marché quelques pas que le pont-levis se relevait avec fracas contre la poterne… Le comte Franz de Télek était prisonnier dans le château des Carpathes. » Le château des Carpathes est hanté, et son village maudit. Les habitants de Werst le savent bien. Depuis la disparition du dernier baron de Gortz, toutes les créatures du diable et autres vampires s’y sont réunis. Chort ou Belzébuth, le jeune comte de Télek s’en moque. Il va monter, lui, franchir le pont-levis. Car ce château était celui de Gortz, son rival, et depuis la mort de sa bien-aimée, il n’a plus rien à perdre. Hormis, peut-être, la raison… Mais il faut être fou. Fou à lier, pour tenter une telle aventure. Personnage maudit, villageois terrifiés, atmosphère inquiétante : plongez au coeur d’un véritable roman gothique imprégné de science et de technologie. »
Pour aller plus loin :
Efstratia OKTAPODA, « Jules Verne et le château des Carpathes : les figures du double et de l’imaginaire », Voix plurielles, 2018
Pinar Güzelyürek Celik, « La traduction du fantastique : Le Château des Carpathes de Jules Verne », Synergies Turquie n°3, 2010
Monique VERRET. « Jules Verne, Le Château des Carpathes ». Châteaux romantiques, édité par Pascale Auraix-Jonchière et Gérard Peylet, Presses Universitaires de Bordeaux, 2005, https://doi.org/10.4000/books.pub.28326.
Et bien sûr, les théoriciens du genre :
CAILLOIS, R. , Anthologie du fantastique, Gallimard, 1966
CASTEX, P.-G., Le conte fantastique en France de Nodier à Maupassant, Cortis, 1951
SCHNEIDER, S., Histoire de la littérature fantastique en France, Fayard, 1985
TODOROV, T., Introduction à la littérature fantastique, Seuil, 1970
VAX., La séduction de l’étrange, étude sur la littérature fantastique, PUF, 1965
« Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le comte Dracula, nouveau propriétaire d’un domaine à Londres. à son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu’éprouver une angoisse grandissante. Très vite, il se rend à la terrifiante évidence : il est prisonnier d’un homme qui n’est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres… Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, Dracula est une source d’inspiration inépuisable. En exclusivité : un extrait de Dracula l’Immortel, suite de Dracula, d’après les notes originales de Bram Stoker. »
Ce que j’en dis :
Dracula est tout d’abord construit par la réunion de différents textes, ce qui implique une narration polyphonique. En effet, les personnages principaux s’expriment à travers leur journal intime (écriture diariste) ou par des échanges épistolaires. Le seul qui n’a pas la parole, c’est… le comte Dracula.
La figure du vampire est fascinante. On a tous une vague idée de ce qu’est un vampire : il suce le sang de ses victimes, dort dans un cercueil, craint l’ail et les crucifix. Mais ce n’est pas tout. Voyons ses caractéristiques principales :
il craint la lumière du jour, c’est pourquoi il ne sort que la nuit.
quand il est éveillé, ses yeux sont brillants, ses lèvres retroussées et ses canines bien aiguisées.
la nuit, il recherche essentiellement des proies afin de se nourrir : il les mord puis leur suce le sang.
il a la capacité de se métamorphoser, aussi se transforme-t-il en fumée, en chauve-souris.
ses victimes deviennent à leur tour des vampires.
il n’a pas de reflet dans le miroir.
Vous vous demandez si vous avez été victime d’un vampire ?
Examinez votre gorge. Si y apparaissent deux petits trous, c’est que vous avez été mordu par un vampire. Navrée de vous l’apprendre, mais du coup, il est trop tard pour vous.
Dès lors, vous appartenez aux « non-morts » décrits dans Dracula, c’est-à-dire que vous êtes endormi dans un cercueil et la nuit tombant, vous partez à la recherche de nouvelles victimes.
Comment venir à bout d’un vampire ?
C’est très simple : il s’agit de le décapiter puis de lui enfoncer un pieu en plein cœur.
Enfin, comment s’en protéger, le cas échéant ?
Des gousses d’ail et un crucifix devraient vous permettre de dormir sur vos deux oreilles…
Ce que j’en pense en quelques mots :
J’ai littéralement adoré ! Si la rupture entre la première partie, où nous suivons Jonathan, prisonnier du comte Dracula, puis la seconde, où les différents personnages se rassemblent pour combattre le comte, est quelque peu déconcertante, il nous tarde de connaître la fin, et donc d’avaler les 600 pages.
Dracula a inspiré de nombreux écrivains, dramaturges ou cinéastes.
Enfin, j’ai très envie de lire Camilla de Joseph Sheridan Le Fanu, chef d’œuvre du genre publié en 1871. Je vous en parle très vite !
(Nouvelles extraites du recueil Je suis d’ailleurs)
Une maison hantée, un orage qui déchire la nuit, des villageois terrifiés par des légendes à vous glacer le sang, des ombres mystérieuses et des secrets pas assez bien gardés… Voici un bref aperçu de l’univers étrange et fantastique dans lequel vous plongeront ces nouvelles. Amateurs de frissons, découvrez vite ces quelques textes de l’un des maîtres de l’épouvante !
Nouvelles extraites du recueil Je suis d’ailleurs
(image du site folio-lesite.fr)
Ce que j’en pense…
La Peur qui rôde est le premier récit que je lis de Lovecraft et je ne compte pas m’arrêter là. J’ai hâte de commencer la Maison maudite !
Il s’agit, en somme, de la traque d’un être (mais est-ce bien un être) qui répand la mort et la panique autour de lui, traque qui commence par une nuit d’orage dans une région de montagne.
L’atmosphère est saisissante, les descriptions précises, l’angoisse croissante et les personnages, notamment le personnage principal et narrateur, bien aventureux. Légendes, secrets, tourments, tortures et barbaries, voici ce que m’évoque, en vrac, pour une première lecture, la Peur qui rôde.
Monstre ou animal ?
Je serais tentée de me servir dans le bestiaire mythologique… Mais Lovecraft va plus loin que la gorgone aux cheveux de serpents ou le monstrueux serpent Typhon, pour ne citer qu’eux.
La peur qui rôde rassemble, à mes yeux, un amas de craintes enfantines, d’horreurs d’adultes vécues ou redoutées, de tortures indescriptibles, de douleurs physiques, de souffrances mentales, psychologiques, des atrocités venues de nulle part et venues de partout, tout droit sorties d’un inconscient qui semble fou mais qui n’est, à mon humble avis, qu’humain et plus qu’humain !
L’horreur n’a pas de visage, elle revêt DES visages.
C’est un miroir de l’âme humaine.
Je me remémore cette nouvelle, et un insidieux sentiment, une impression désagréable, presque physique, s’empare alors de moi.
Je n’ai plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture 😉
« Sur Instagram, elle est suivie par plus de sept cent trente mille personnes. Dont moi. Je connaissais Lou par cœur – et pourtant je ne l’avais jamais rencontrée. »
Sur les réseaux sociaux, Lou est la reine de son univers. Suivie et adulée, tout lui réussit.
Diane l’observe à distance, comme les autres, peut-être davantage. Jusqu’à ce qu’une relation complexe se noue entre les deux jeunes femmes, dans l’inconscience du drame qui se prépare.
Avec ce premier roman, Camille Yolaine livre un conte cruel sur les jeux d’influence en amitié et sur les réseaux sociaux, où l’admiration n’est que la face cachée de la jalousie. Elle est elle-même suivie par plus de 500 000 abonnés sur Instagram.
Image issue du site des éditions Albin Michel
Ce que j’en pense :
« J’aime », ou l’obsession d’une jeune femme pour une influenceuse.
J’ai choisi ce roman pour deux raisons : le thème de l’amitié, mais sous un angle aux antipodes de la mièvrerie. Et puis les réseaux sociaux et leur impact. Je m’attendais vaguement à une histoire de manipulation, mais sûrement pas au dénouement.
Aucun des mots-clés (amitié, image par exemple) n’est à prendre au pied de la lettre, aussi bien dans le récit que dans ces quelques paragraphes.
Revenons à l’histoire, dont la narratrice est Diane.
Diane est une jeune femme « ordinaire », dans le sens où elle n’est pas active sur les réseaux sociaux (elle observe).
Lou est une influenceuse dont l’existence est greffée sur son image.
Aussi quand les deux jeunes femmes se rencontrent – mais qui rencontre l’autre ? – Diane est aux anges. Elle devient, rapidement, outre la photographe de Lou qu’elle suit partout, une sorte de faire-valoir. Même si, déjà adulée, affublée de ses milliers de followers, Lou n’en a pas forcément besoin… Mais la manipulation s’est déjà immiscée puis bien ancrée dans l’amitié qui se noue entre les deux jeunes femmes.
A noter, les passages en italique, relatant vraisemblablement des rendez-vous avec une psychologue ou un psychiatre, m’ont un peu mise mal à l’aise. Pour moi, ce procédé appartient à Nathalie Sarraute (« Enfance »), et seulement à Nathalie Sarraute. Ce qui, objectivement, est faux, tant les mots, les figures, les procédés, appartiennent nécessairement à chacun.
En somme, ce pourrait être une énième histoire banale. L’histoire d’une amitié un rien bancale. Pourtant, alors qu’un jeu malsain se met en place, à dessein tout comme à l’insu de Lou et Diane, la complexité des sentiments, des gestes, actes et dires s’installe. On devine évidemment qui a ou aura le dessus. Evidemment ?
Les obsessions bourgeoises, c’est l’histoire d’un vase Lalique à 15 000 € qui a été dérobé lors d’une soirée.
C’est donc, de nos jours, l’histoire d’un vase dérobé dans une pièce d’un appartement situé dans un quartier huppé parisien, et l’histoire s’ouvre in medias res dans un commissariat. Et puis se mêlent au récit des analepses dix ans en arrière.
C’est, enfin, l’histoire d’une amitié entre Servane, jeune femme rousse issue d’un milieu modeste, et Céleste, qui appartient à la jeunesse dorée de la capitale.
Céleste surnomme Servane « servus », et est-ce innocent quand on connaît l’étymologie latine (« serviteur ») ?
La dichotomie des classes sociales, peut-être un peu trop évidente, peut-être un peu trop vue et revue, nous plonge dans deux univers et laisse se profiler un peu trop tôt le dénouement (oui, la répétition du « un peu trop » est choisie ; par ailleurs, devine-t-on le dénouement ?).
Quelques longueurs, certes, des histoires d’amour, des ruptures, des sentiments et des absences de sentiments – j’ai envie d’écrire des « blancs », des manques. Mais une lecture plaisante, des objets onéreux, des choses qui font envie, un milieu qui semble parfois stéréotypé tant il est codifié. Mais vous noterez que j’ai écrit « qui semble ». N’allons pas jeter des orties dans les parterres de fleurs (l’expression est de moi). Personnellement, cette lecture m’a plu. A vous de découvrir ce roman.