Archives pour la catégorie Littérature étrangère

Fédor DOSTOÏEVSKI, Le Rêve d’un homme ridicule (1877)

Ce qu’en dit l’éditeur


« Lassé du monde, détourné du suicide par une rencontre fortuite, le héros de ce court roman plonge dans un profond sommeil. Son rêve le conduit alors vers un univers utopique, un double de la terre mais sans le péché originel, un monde où les hommes vivent bons, libres et heureux. Et c’est l’occasion pour Dostoïevski de laisser libre cours à sa veine mystique, investissant son héros, de retour dans le quotidien des hommes, d’une mission évangélique. »

Image de couverture, éditions Actes Sud

Ce que j’en pense

J’ai lu d’une traite ce roman de 59 pages. Il s’agit d’un homme singulier, qui mène une existence solitaire. Dès l’incipit, il se décrit comme un homme ridicule. Selon lui, « tout est égal », en somme, la vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Il s’apprête alors à se donner la mort…

Est-ce la rencontre d’une petite fille désespérée qui va le bouleverser ?

Alors qu’il est assis dans son fauteuil, il se retrouve dans un cercueil où une forme vient le saisir… et l’emmène sur une Terre semblable à la Terre sur laquelle il vivait. Sur cette Terre, nul ne connaît autre chose que le bonheur, un bonheur béat, dépourvu de tout vice.

Si le vice n’existe pas, c’est le narrateur qui va l’apporter en ce lieu empreint de pureté.

Pourtant lorsqu’il se réveille dans son fauteuil…

Je ne vous dis pas la suite, découvrez-la dans ce récit qui frôle le fantastique.

Viola ARDONE, Les Merveilles (2024)

Ce qu’en dit l’éditeur :

Elba porte le nom d’un fleuve : c’est sa mère qui l’a choisi. Seuls les fleuves circulent librement, lui disait-elle, avant de disparaître mystérieusement. Depuis, Elba grandit seule dans cet endroit qu’elle nomme le monde-à-moitié : un asile psychiatrique, à Naples.

C’est là qu’elle pose son regard d’enfant, sur le quotidien de cette « maison des fêlés, avec dedans plein de gens qui ressemblent à des félins », nourrissant de ses observations son Journal des maladies du mental. Jusqu’au jour où le jeune docteur Fausto Meraviglia décide de libérer les patients, comme le prévoit une loi votée quelques années plus tôt en 1978, et de prendre Elba sous son aile. Lui qui n’a jamais été un bon père apprend le poids et la force de la paternité.

Après le succès du Train des enfants et du Choix, Viola Ardone poursuit son exploration de l’Italie du XXe siècle. Une ode aux mots qui rendent libre et au pouvoir des femmes, par l’une des grandes voix de la littérature italienne d’aujourd’hui.

Image des éditions Albin Michel

Ce que j’en pense

Ce que j’ai aimé :

  • le regard qu’Elba pose sur le milieu psychiatrique, le « monde à moitié » et la typologie des « fous » qu’elle élabore
  • la polyphonie selon les parties du roman confère un certain rythme au récit
  • la relation paternelle qui s’installe entre Elba et le Dr. Faustus Meraviglia
  • l’attente très touchante de sa mère, sa Mutti, à laquelle Elba s’accroche
  • Le ton du roman dans la première partie, la voix d’Elba, à la fois très émouvante et drôle

Ce que j’ai moins aimé :

  • la vie du Dr. Faustus, ses problèmes de famille, de couple. Peut-être trop « surfait » ? (un terme qu’il emploie et réemploie à l’envi)
  • à part la partie 1, les autres parties m’ont un peu ennuyée, je les ai trouvées trop longues, décalées par rapport à l’histoire d’Elba

Ma prochaine lecture ? Les Œuvres intérieures de Charlotte Augusta.

DOSTOIEVSKI, Fiodor, Le Double (1846)

Je viens de finir Le Double, roman de Dostoïevski publié en 1846. Notons le sous-titre étonnant : Poème pétersbourgeois. J’ai beaucoup aimé ce roman, qui nous emmène tortueusement dans les affres du genre humain.

Ce qu’en dit l’éditeur

Image publiée sur le site d’Actes Sud

« Etrange récit que Le Double, texte précoce dans la carrière de l’écrivain (sa parution date de 1846) où déjà se lisent toutes ses obsessions, et modèle de récit fantastique. Dostoïevski met là en scène de manière magistrale la présence inquiétante de l’autre, sans que jamais le lecteur parvienne à faire la part de la folie du héros ou de la bizarrerie du réel.

Le quotidien de Goliadkine, entre son appartement pétersbourgeois de la rue des Six-Boutiques et le ministère où il est fonctionnaire, se brouille peu à peu. Le héros ne cesse en effet de se sentir persécuté par une réplique identique de sa personne : son double le suit dans la rue, s’introduit dans son appartement, sur son lieu de travail, va jusqu’à manger à sa place au restaurant… »

Ce que j’en pense

« Trouble », tel est l’un des termes récurrents dans l’œuvre. Bien que faible pour le qualifier, il démontre l’état d’esprit de « notre héros » tout au long du récit.

« Notre héros », c’est Iakov Pétrovitch Goliadkine, fonctionnaire. Sa vie est rangée, il se rend le matin au travail au ministère, puis le soir regagne simplement sa demeure. Le narrateur, en effet le nomme constamment « notre héros », alors que la situation le présente davantage et rapidement comme quelqu’un de commun, sinon comme un anti-héros.

Rapidement, stupéfaction, des collègues qu’il rencontre le regardent les yeux écarquillés… Bientôt, il rencontre un homme qui lui ressemble trait pour trait. Qui est cet individu ? Si Goliadkine l’héberge une nuit chez lui, il se rend compte à son réveil que la situation lui échappe. L’homme rencontré la veille est déjà parti. Goliadkine ne sait pas encore quelle tournure vont prendre les évènements…

Ombre, étranger, ennemi, tels sont quelques-uns des termes qu’emploie le narrateur à l’encontre de cet individu singulier (singulier ? le terme est choisi à dessein). Car la situation s’inverse, il devient rapidement l’ombre de cet homme, qui semble être lui, en plus enjoué, plus drôle, plus intéressant.

« Monsieur Goliadkine voulait s’enfuir de lui-même. »

Pourquoi ? Tout simplement parce que son « double », qu’il nomme Monsieur Goliadkine cadet, « ennemi mortel », « indécent ennemi », prend insidieusement sa place au bureau, au restaurant, joue le beau rôle face aux supérieurs qu’il n’hésite pas à flatter… Le « trouble » me semble dès lors un euphémisme, tant le quotidien de « notre héros » est bouleversé. De supérieur en supérieur, les larmes aux yeux, il va tenter de se faire entendre. Notre héros passe alors de l’incompréhension à la honte, de la honte au désespoir.

Dès lors, imagination, cauchemar, folie ? Il est bien question, selon moi, d’un désordre psychique qui confronte un homme ordinaire à sa propre duplicité… Attendons la fin du roman.

Pour aller plus loin

Catherine GERY, « Les » Goliadkine ou la duplicité du mal (à propos du Double de Dostoïeski », La force du mal dans l’œuvre de Dostoïevski, Hermann, 2019.

Ariane GELINAS, « Identité trouble: manifestations du double », Postures, n°14, consultable en ligne : http://revuepostures.com/frarticles/gelinas-14

Camilo RAMIREZ, « Figures du double à soi-même ignorées », La cause du désir, n°102 (source à vérifier)

Joseph SHERIDAN LE FANU, Carmilla (1872)

Roman perdu dans un train, à mon grand regret (je venais de le finir)…

Ce qu’en dit l’éditeur:

« Deux grands yeux s’approchèrent de mon visage et soudain, je ressentis une douleur fulgurante, comme si deux grandes aiguilles espacées de quelques pouces seulement s’enfonçaient profondément dans ma poitrine. Je me réveillai en hurlant. La chambre était éclairée par la chandelle qui était restée allumée toute la nuit, et je vis une silhouette féminine au pied de mon lit, un peu sur la droite. »

« L’action se passe dans un château de Styrie. L’héroïne, la jeune Laura, tombe sous le charme de la belle et mystérieuse Carmilla, dont l’arrivée énigmatique dans ce lieu isolé marque l’initiale d’une amitié tendre et exaltée.

De l’ouverture presque bucolique à la destruction du vampire que se révèle finalement être Carmilla, tout est là des ingrédients d’un roman gothique, classique du genre.

Mais ici, le vampire est une femme, et à la transgression vampirique s’ajoute celle de l’homosexualité féminine, dans un récit tout de séduction et de sensualité. »

Ce que j’en pense :

Encore une histoire de vampire !, me direz-vous. Mais celle-ci a une particularité : le vampire est en réalité une vampire.

Roman fondé sur une structure binaire : la candeur de l’héroïne, Laura, fait face à la beauté ensorceleuse de cette jeune fille arrivée de nulle part, Carmilla.

C’est l’histoire d’une relation qui débute, mi-amicale, mi-amoureuse, toute en sensualité.

On trouve d’emblée les indices du récit vampirique : une forme noire, mouvante, qui surgit en pleine nuit, une morsure, des faits demeurant inexpliqués, un château isolé, des médecins sceptiques…

Le lecteur sait, devine, comprend dès le commencement ce qui se passe. Une jolie jeune femme, une morsure la nuit qui laisse deux petits trous sur la peau, des chuchotements, des regards en biais… Comment, me direz-vous, l’héroïne peut-elle ignorer ces marques sur la peau ? Laura est naïve, certes, et puis le personnage en tant qu’invention ne se confronte-t-il pas à la toute-puissance de l’auteur, comme à la toute-puissance du lecteur, qui, a accès, outre à la fin de l’œuvre, à tout l’outil péri-paratextuel ?

La question sous-jacente est simple, mais il me semble facile, ou plutôt agréable, ce qui n’a rien à voir, de la décorer de jolies ornements textuels…

A savourer via une lecture purement narratologique ?

Note pour moi-même : prochaine chronique, une bibliographie sur le sujet, pour aller plus loin.

Bram STOKER, La Dame au linceul (1909)

Ce qu’en dit l’éditeur

« Là, sur la terrasse, dans la clarté lunaire maintenant plus intense, se tenait une femme vêtue d’un linceul trempé qui ruisselait sur le marbre, faisant une flaque qui s’écoulait lentement sur les marches mouillées. Son attitude et sa mise, les circonstances de notre rencontre, me donnèrent aussitôt à penser, même si elle se mouvait et parlait, qu’elle était morte. Elle était jeune et belle, mais pâle, de la pâleur éteinte et grise des cadavres. »

« Extrait du journal de Rupert Sent Leger, cette scène — dans la pure tradition du genre — donne bien le ton de cet admirable roman gothique où s’entrelacent lettres, billets, fragments de journal intime et notes pour raconter les aventures étranges et inquiétantes d’un jeune homme sans le sou devenu du jour au lendemain châtelain dans les Balkans… »

(Image des éditions Actes Sud)

Ce que j’en pense

Un roman subtilement enchâssé que je n’aurais probablement pas découvert si je n’avais lu Dracula !

Testament, échanges épistolaires, journal du héros, Rupert, tissent la trame de ce roman incroyable, d’une beauté sombre et lumineuse (au passage, ceci n’est pas un oxymore), à l’image de la mystérieuse « Dame », personnage tout en nuances.

L’amour serait-il la pierre angulaire de tout roman ? Il l’est en tout cas dans la Dame au linceul, réceptacle de terreurs enfouies, est-ce un rêve, un fantasme, une machination, est-ce réel ? Le lecteur, tenu en haleine par ces apparitions incrédibles (adjectif validé par le Cnrtl), frissonne, écarquille les yeux, y croit, n’y croit pas, s’interroge, hésite (la fameuse hésitation théorisée par Todorov au sujet du fantastique), entre peur et fascination.

L’ajout de la lecture proposée par Alain Chareyre-Méjan est des plus pertinents, il apporte une lumière nouvelle parce que richement intertextuelle à ce roman de l’auteur de Dracula.

Peut-on épouser une morte-vivante ?

Se lit d’une traite.

Bram STOKER, Dracula (1897)

Couverture, Le Livre de Poche

Ce qui en est dit :

« Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le comte Dracula, nouveau propriétaire d’un domaine à Londres. à son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu’éprouver une angoisse grandissante. Très vite, il se rend à la terrifiante évidence : il est prisonnier d’un homme qui n’est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres… Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, Dracula est une source d’inspiration inépuisable. En exclusivité : un extrait de Dracula l’Immortel, suite de Dracula, d’après les notes originales de Bram Stoker. »

Ce que j’en dis :

Dracula est tout d’abord construit par la réunion de différents textes, ce qui implique une narration polyphonique. En effet, les personnages principaux s’expriment à travers leur journal intime (écriture diariste) ou par des échanges épistolaires. Le seul qui n’a pas la parole, c’est… le comte Dracula.

La figure du vampire est fascinante. On a tous une vague idée de ce qu’est un vampire : il suce le sang de ses victimes, dort dans un cercueil, craint l’ail et les crucifix. Mais ce n’est pas tout. Voyons ses caractéristiques principales :

  • il craint la lumière du jour, c’est pourquoi il ne sort que la nuit.
  • quand il est éveillé, ses yeux sont brillants, ses lèvres retroussées et ses canines bien aiguisées.
  • la nuit, il recherche essentiellement des proies afin de se nourrir : il les mord puis leur suce le sang.
  • il a la capacité de se métamorphoser, aussi se transforme-t-il en fumée, en chauve-souris.
  • ses victimes deviennent à leur tour des vampires.
  • il n’a pas de reflet dans le miroir.

Vous vous demandez si vous avez été victime d’un vampire ?

Examinez votre gorge. Si y apparaissent deux petits trous, c’est que vous avez été mordu par un vampire. Navrée de vous l’apprendre, mais du coup, il est trop tard pour vous.

Dès lors, vous appartenez aux « non-morts » décrits dans Dracula, c’est-à-dire que vous êtes endormi dans un cercueil et la nuit tombant, vous partez à la recherche de nouvelles victimes.

Comment venir à bout d’un vampire ?

C’est très simple : il s’agit de le décapiter puis de lui enfoncer un pieu en plein cœur.

Enfin, comment s’en protéger, le cas échéant ?

Des gousses d’ail et un crucifix devraient vous permettre de dormir sur vos deux oreilles…

Ce que j’en pense en quelques mots :

J’ai littéralement adoré ! Si la rupture entre la première partie, où nous suivons Jonathan, prisonnier du comte Dracula, puis la seconde, où les différents personnages se rassemblent pour combattre le comte, est quelque peu déconcertante, il nous tarde de connaître la fin, et donc d’avaler les 600 pages.

Dracula a inspiré de nombreux écrivains, dramaturges ou cinéastes.

Enfin, j’ai très envie de lire Camilla de Joseph Sheridan Le Fanu, chef d’œuvre du genre publié en 1871. Je vous en parle très vite !

H.P. LOVECRAFT, La peur qui rôde (1922)

Présentation de l’éditeur

(Nouvelles extraites du recueil Je suis d’ailleurs)

Une maison hantée, un orage qui déchire la nuit, des villageois terrifiés par des légendes à vous glacer le sang, des ombres mystérieuses et des secrets pas assez bien gardés… Voici un bref aperçu de l’univers étrange et fantastique dans lequel vous plongeront ces nouvelles.
Amateurs de frissons, découvrez vite ces quelques textes de l’un des maîtres de l’épouvante !

Nouvelles extraites du recueil Je suis d’ailleurs

(image du site folio-lesite.fr)

Ce que j’en pense…

La Peur qui rôde est le premier récit que je lis de Lovecraft et je ne compte pas m’arrêter là. J’ai hâte de commencer la Maison maudite !

Il s’agit, en somme, de la traque d’un être (mais est-ce bien un être) qui répand la mort et la panique autour de lui, traque qui commence par une nuit d’orage dans une région de montagne.

L’atmosphère est saisissante, les descriptions précises, l’angoisse croissante et les personnages, notamment le personnage principal et narrateur, bien aventureux. Légendes, secrets, tourments, tortures et barbaries, voici ce que m’évoque, en vrac, pour une première lecture, la Peur qui rôde.

Monstre ou animal ?

Je serais tentée de me servir dans le bestiaire mythologique… Mais Lovecraft va plus loin que la gorgone aux cheveux de serpents ou le monstrueux serpent Typhon, pour ne citer qu’eux.

La peur qui rôde rassemble, à mes yeux, un amas de craintes enfantines, d’horreurs d’adultes vécues ou redoutées, de tortures indescriptibles, de douleurs physiques, de souffrances mentales, psychologiques, des atrocités venues de nulle part et venues de partout, tout droit sorties d’un inconscient qui semble fou mais qui n’est, à mon humble avis, qu’humain et plus qu’humain !

L’horreur n’a pas de visage, elle revêt DES visages.

C’est un miroir de l’âme humaine.

Je me remémore cette nouvelle, et un insidieux sentiment, une impression désagréable, presque physique, s’empare alors de moi.

Je n’ai plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture 😉

TOURGUENIEV, Ivan, Le Journal d’un homme de trop (1850)

4ème de couverture

Extrait de Romans et nouvelles (Bibliothèque de la Pléiade)

« Le printemps, le printemps arrive ! Je suis assis sous ma fenêtre et mon regard, par-delà la rivière, va se perdre dans les champs. Ô nature ! Nature ! Je t’aime si fort, et pourtant je suis sorti de tes entrailles incapable même de vivre. Tiens, un moineau mâle qui sautille, les ailes écartées ; il crie, et chacune des notes de sa voix, chacune des petites plumes ébouriffées de son corps minuscule respire la santé et la vigueur…
Que faut-il en déduire ? Rien. Il est sain, il a le droit de crier et d’ébouriffer ses plumes ; et moi je suis malade, et je dois mourir, c’est tout. »

Un récit crépusculaire et contemplatif, sous forme de journal intime, par la grande plume russe de Premier amour.

Ce que j’en pense

J’ai lu ce récit, d’abord avec quelque ennui, mais je me suis rapidement attachée au narrateur, j’ai suivi sa non-histoire d’amour avec un intérêt croissant : des sentiments, des regards, des pommettes qui rosissent face à un être aimé… jusqu’au duel.

Le narrateur souffre, il se méprend sur les intentions d’une jeune femme, il connaît humiliations sur humiliations. Il se sent banni de la société. Il souffre, disais-je, il s’interroge, revient sur ses propos, et ne voit dans la mort qu’un ultime repos.

A la lecture du Journal d’un homme de trop, j’ai ressenti des émotions telles que celles connues il y a plusieurs années lorsque j’ai lu Les Souffrances du jeune Werther de GOETHE. De la figure de l’oiseau aux affres de l’amour déçu, outre un statut déchu, ces deux récits sont également rédigés sous forme de journal.

« Ma situation était particulièrement absurde : je me taisais obstinément, il m’arrivait de ne pas prononcer une syllabe pendant des jours entiers. Je ne me suis jamais distingué par mon éloquence, comme je l’ai dit plus haut ; mais maintenant, tout ce que j’avais d’esprit s’en allait aux quatre vents en présence du prince, et je restais le bec dans l’eau. En outre, une fois seul, j’obligeais ma pauvre cervelle à se donner tant de mal pour repasser lentement tout ce que j’avais pu remarquer ou surprendre au cours de la précédente soirée, que lorsque je retournais chez les Ojoguine, il me restait tout juste assez de force pour reprendre ma surveillance. »

Tout au long de ma lecture, je me suis demandé pourquoi, de quoi, comment le narrateur envisageait la mort. Selon lui, au tout début, le docteur se trahit lors d’une consultation et conforte le narrateur dans son assurance d’une mort imminente. Dès lors, de quoi mourra-t-il ? C’est l’une des interrogations qui subsiste en moi depuis que j’ai refermé ce livre.

Ivan TOURGUENIEV, Clara Militch (1883)

Je viens de finir de lire Clara Militch, une nouvelle écrite par Ivan TOURGUENIEV en 1882 puis publiée en 1883.

Voici la 4e de couverture

Lorsque Jacques Aratov rencontre Clara Militch, une jeune et talentueuse actrice, il est troublé, ému.
Mais les mois passent et il ne pense plus guère à elle, jusqu’au jour où il apprend qu’elle s’est suicidée. Commence alors pour Aratov une quête amoureuse et désespérée sur les traces de Clara Militch pour comprendre son geste…

Une incroyable et bouleversante histoire d’amour par-delà la mort.

Mon résumé

Que dire de plus ? Que quelques regards égarent un jeune homme, Aratov ? Qu’il fait la rencontre éphémère avec une actrice, Clara ? Tout est dit, et pourtant on a envie de comprendre et de s’interroger sur ce qui marquera, à l’insu du personnage, son existence jusqu’à la mort. Car son enquête pour comprendre le geste de désespoir de Clara le mène finalement à une sorte de folie, mais une folie souriante, une folie heureuse, suivie d’une mort heureuse.

Mon avis

J’avoue que cette nouvelle m’a d’abord fait penser aux écrits fantastiques, et pourtant je crains de passer à côté de la beauté de ce texte si je l’enferme dans une catégorie. C’est une histoire d’amour impossible que raconte le narrateur, mais dans quelle diégèse l’amour ne peut-il pas être possible ? J’ai beaucoup aimé cette lecture, le style est fluide, les personnages attachants. La mort y est présentée comme un instant nécessaire, une belle et lumineuse suite de ce qu’aura été la vie.

C’est là une magnifique nouvelle, qu’on lit d’une traite et qui laisse le lecteur mi-éberlué, mi-apaisé…

Anthologie : 10 nouvelles fantastiques de l’Antiquité à nos jours

Je viens de finir de lire les nouvelles regroupées dans l’anthologie 10 nouvelles fantastiques de l’Antiquité à nos jours. Voici celles qui m’ont particulièrement marquée.

J’ai été très étonnée à la lecture de la Maison hantée écrite par… Pline le jeune ! Le fantastique n’est donc pas né avec Hoffmann et Chamisso au XIXe siècle. En quelques paragraphes Pline le jeune parvient à capter l’attention du lecteur en lui proposant une histoire de fantôme des plus originales.

J’ai également adoré le Coquillage de Ray Bradbury : il y est question d’un petit garçon et d’un étrange coquillage. Le placer près de son oreille ne sera pas sans conséquence. C’est sa mère elle-même – qui lui a innocemment offert ce présent – qui découvrira l’horreur du dénouement.

Le recueil s’achève avec Fonds d’écran de Pierre Bordage. C’est l’histoire d’un adolescent qui cherche à s’intégrer à l’école. Est-ce que le téléphone portable qu’il vient de s’offrir pourra lui apporter quelque notoriété auprès de ses pairs, sinon au moins le rendre un peu populaire ? Vous le découvrirez en lisant cette nouvelle contemporaine, dans laquelle un objet banal va se transformer en objet maléfique…

10 nouvelles fantastiques de l’Antiquité à nos jours, présentées par Alain Grousset, Flammarion jeunesse, 2019.

Bonne lecture !