Archives pour la catégorie Mots croisés

Anciennement nommée « Le mot du lundi », cette rubrique décrypte des mots, issus de romans, d’essais, de périodiques… En somme, des mots croisés sur mon chemin.

Le mot simple du lundi : atermoyer

Le verbe atermoyer provient de l’ancien français termoier, « vendre à perte », « différer ». Selon le Larousse, il s’agit de remettre les choses à plus tard, de gagner du temps par des faux-fuyants.

Le CNRTL est plus précis : il distingue deux emplois, transitif et intransitif.

  • Dans le premier cas (verbe transitif), atermoyer signifie « prolonger les termes d’un paiement », ou encore « retarder, renvoyer quelque chose à plus tard ».
  • Dans le second cas (verbe intransitif), ce terme veut dire « demander ou chercher à obtenir des délais, différer pour gagner du temps ».

Le mot du lundi : séditieux, adj. et n.m.

Aujourd’hui au programme : le substantif et l’adjectif qualificatif séditieux.

Cette unité terminologique qui repose essentiellement sur la notion de rébellion s’emploie de trois manières, soit en adjectif (deux acceptions proches) et en nom commun.

  • lorsque l’on parle d’une personne séditieuse, on veut dire qu’elle suscite une sédition, y prend part, se révolte ouvertement contre l’ordre établi. Elle agit de manière subversive. Ses synonymes sont aussi bien « agitateur », « factieux », que « révolté ». Exemple : « Je les peignis [les Juifs] puissants, riches, séditieux« , RACINE, Esther. II, 1*.
  • lorsque l’on parle d’une « chose » (le terme « chose » renvoyant simplement et par opposition à ce qui n’est pas une personne), séditieux signifie « qui pousse à la sédition », « qui tend à provoquer une sédition ». Il peut s’agir d’un discours, d’un mouvement, etc. Exemple : « Un auteur dont les séditieux écrits respiraient l’austérité républicaine« , ROUSSEAU.

Sources : TLFi, Dictionnaire de l’Académie française (8e édition), CNRTL.

Pour aller plus loin, consultez l’article du Littré dont voici le lien : https://www.littre.org/definition/s%C3%A9ditieux

Quant à l’étymologie de séditieux, je vous renvoie à cet article du Littré : https://www.littre.org/definition/s%C3%A9dition

Passez un bon lundi !

* RACINE, Esther (1689), pièce de théâtre à lire ou voir ou déclamer absolument !

Les mots du lundi : conglobation, n.f. et expolition, n.f.

Je voulais vous parler du terme expolition lorsque je suis tombée sur un terme dont le sens est proche : conglobation.

Expolition

Jouant sur l’abondance et l’amplification, l’expolition met en valeur une pensée, un argument, par le biais de la répétition. Il s’agit précisément d’insister pour convaincre.

Voici un exemple tiré de Phèdre (1677 – Racine) :

« Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. / Quiconque a pu franchir les bornes légitimes / peut violer enfin les droits les plus sacrés ; / ainsi que la vertu, le crime a ses degrés, / et jamais on n’a vu la timide innocence / passer subitement à l’extrême licence. / Un jour seul ne fait point d’un mortel vertueux / un perfide assassin, un lâche incestueux. »

Conglobation

Du latin conglobatio (accumulation, agglomération), conglobation consiste à accumuler, énumérer des termes semblables, mais l’idée principale ne sera énoncée qu’à la fin.

Voici un exemple issu des Caractères (1688) de la Bruyère :

« Si j’épouse, Hermas, une femme avare, elle ne me ruinera point ; si une joueuse, elle pourra s’enrichir ; si une prude, elle ne me sera point emportée ; (…) si une dévote, répondez, Hermas, que dois-je attendre de celle qui veut tromper Dieu, et qui se trompe elle-même ? »

Le mot du lundi : parrhésie, n.f.

De retour aujourd’hui après quelques semaines d’absence pour vous parler de la parrhésie.

Etymologiquement, parrhésie vient du grec parrhèsia, pan signifiant « tout » et résis, « discours ».

Foucault en a parlé notamment dans son dernier cours au Collège de France qui a été publié ; en voici la notice : Foucault M., 2009, Le courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II, Cours au collège de France 1984, Paris, Gallimard Seuil.

Parrhésie rassemble principalement deux acceptions :

Pour Foucault, il s’agit de « franc-parler », de « dire-vrai ». Pratiquer la parrhésie revient alors à parler librement et franchement, soit, si je puis dire, sans filtre.

Nous choisissons pour exemple, repris dans l’article sus-cité de la Croix, ces propos de Diogène à l’empereur Alexandre le Grand : « Ôte-toi de mon soleil ».

Enfin en stylistique, il s’agit d’exprimer ses sentiments profonds, souvent en employant le registre lyrique.

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : encomiastique, adj.

J’ai rencontré l’adjectif encomiastique, qui m’était jusqu’alors inconnu, dans mon ouvrage de chevet actuel, Confessions d’un jeune romancier, d’Umberto ECO, Grasset, 2011 (p.145 si vous voulez tout savoir), un ouvrage génial au demeurant, je vous le conseille.

Encomiastique se dit au sujet d’un écrit et signifie élogieux.

Ce terme date du XXe siècle, il est emprunté du grec egkômiastikos, de egkômiastês, « panégyriste ».

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : concaténation, n.f.

Le substantif féminin concaténation vient du bas latin concatenatio, -onis (XIVe siècle), « enchaînement ».

Nous l’avons déjà évoqué dans notre article du 4 avril 2022 sur l’affixation :

Le mot du lundi : affixation, n.f. | Paronomases et hyperbates – Carnet littéraire, entre vous et moi

Nous retenons deux acceptions :

  • philosophique : il s’agit d’un enchaînement des idées ou des concepts, d’une causalité ;
  • rhétorique : cette figure consiste à enchaîner une suite de propositions par la répétition d’un même mot. Par exemple, sur le site du CNRTL, est citée la tirade de Sganarelle dans Dom Juan de Molière : « … Le ciel est au-dessus de la terre ; la terre n’est point la mer ; la mer est sujette aux orages ; les orages tourmentent les vaisseaux… »

On parle d’anadiplose lorsqu’il n’y a qu’une occurrence.

Bon lundi !

Le mot du lundi : prodrome, n.m.

Voici un mot glané en flânant dans mes livres et dont on retient surtout le sens propre. Au figuré, prodrome signifie « précoce, précurseur ». Aujourd’hui il est bien ancré dans l’usage littéraire où il renvoie à un « avant-coureur », à un « signe précurseur ».

Par ailleurs ce terme nous vient du latin prodromus, lui-même emprunté du grec prodromos : « qui court devant, précède en courant ».

A bientôt.

Le mot du lundi : aphérèse, n.f.

L’aphérèse, nous l’avons évoqué précédemment (Le mot du lundi : épenthèse, n.f. | Paronomases et hyperbates – Carnet littéraire, entre vous et moi), est un métaplasme*.

L’aphérèse existe dans plusieurs domaines, nous nous concentrerons sur la phonétique.

En phonétique, il s’agit de la suppression d’un phonème* ou groupe de phonèmes à l’initiale d’un mot.

Deux exemples :

  • « T’y vois core moins clair que moi. » (JOYCE, James, Ulysse, cité dans le Gradus).
  • On dit souvent « car » au lieu d’ « autocar ».

Notons enfin que l’aphérèse est un relâchement usuel de l’expression davantage qu’un procédé littéraire.

Lexique :

*Métaplasme : toute modification phonétique ou morphologique qui modifie un mot par quatre procédés :

  • addition ;
  • supression ;
  • permutation ;
  • substitution.

*Phonème : il s’agit de la plus petite unité distinctive en linguistique (plus petite unité de son ou phonologique).

A bientôt !

Le mot du lundi : coruscant, adj. v.

Pour commencer l’année en beauté, nous avons choisi le terme coruscant, découvert au hasard de nos lectures.

Précisons tout de suite qu’il s’agit d’un terme vieilli et littéraire.

Coruscant signifie « qui brille intensément, qui scintille ».

J’aime beaucoup l’exemple qui illustre coruscant sur le site du CNRTL et qui provient de la correspondance de Paul Valéry avec André Gide (VALERY, Correspondance, 1891, p.109) :

« J’ai le cerveau plein de ces vents et de ces coruscantes vagues qui hennissent. »

En le relisant, j’avoue que l’exemple cité n’aide pas tellement à la compréhension du terme, mais ne m’en voulez pas, c’est lundi 😉 et puis n’est-ce pas joli ?