Archives pour la catégorie Mots croisés

Anciennement nommée « Le mot du lundi », cette rubrique décrypte des mots, issus de romans, d’essais, de périodiques… En somme, des mots croisés sur mon chemin.

Le mot du lundi : antilogie, n.f.

Lorsque l’on parle d‘antilogie, on exprime une contradiction entre les idées.

Par exemple, « Même si c’est vrai, c’est faux. » (H. MICHAUX, Tranches de savoir; cité dans le Gradus).

L’antonyme d’antilogie est « tautologie » (la tautologie est un vice logique consistant à présenter comme ayant un sens une proposition dont le prédicat ne dit rien de plus que le thème).

L’antilogie s’apparente :

  • au sophisme (il s’agit d’un raisonnement faux en dépit d’une apparence de vérité) ;
  • au paralogisme (il s’agit là encore d’un faux raisonnement, mais de bonne foi, ce qui le distingue du sophisme).

C’est un défaut de raisonnement : les idées semblent se contredire.

L’antilogie appartient par ailleurs au paradoxe en ce que l’incompatibilité des termes heurte le sens commun . S’il n’y a pas d’intelligibilité, elle constitue un non-sens.

Note sur les sources : je me suis basée sur le Littré et le Gradus pour rédiger cet article.

Le mot du lundi : antimétabole, n.f.

Le terme antimétabole vient du grec ancien :

  • anti : « en sens inverse »
  • meta : « changer »
  • ballein : « en jetant ».

L’antimétabole renvoie à une permutation syntaxique : deux phrases ou segments de phrase se suivent et la seconde emploie les mêmes mots que la première mais dans un ordre différent.

Par exemple :

« La philosophie, comme théorie de la métaphore, aura d’abord été une métaphore de la théorie. » (DERRIDA, Jacques, Marges, Paris, Minuit, 1972, p. 303)

Pour aller plus loin :

Si vous pensez notamment à deux autres figures de style, chiasme et antithèse, n’hésitez pas à lire cet article :

RABATEL Alain, « Points de vue en confrontation dans les antimétaboles PLUS et MOINS », Langue française, 2008/4 (n° 160), p. 21-36. DOI : 10.3917/lf.160.0021. URL : https://www.cairn.info/revue-langue-francaise-2008-4-page-21.htm

Le mot du lundi : doxa, n.f.

Qu’est-ce que la doxa ?

On trouve souvent ce terme en philosophie (note pour moi-même : reprendre la philosophie là où je l’ai laissée en … hypokhâgne ?) mais il s’applique à de nombreux domaines.

Doxa vient du grec doksa, « rumeur ».

Il s’agit d’opinions communes reçues et reprises comme évidentes. Doxa renvoie ainsi à des axiomes, des opinions populaires, des présuppositions propres à une civilisation, à une époque, c’est-à-dire à tout élément pris et transmis comme tel et non questionné.

On assimile également doxa à « lieu commun ».

Pour aller plus loin :

CAUQUELIN Anne, « Une fausse connaissance : la doxa », dans : , Les machines dans la tête. sous la direction de CAUQUELIN Anne. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Hors collection », 2015, p. 74-82. URL : https://www.cairn.info/les-machines-dans-la-tete–9782130626534-page-74.htm

DIET Anne-Lise, « La doxa », Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, 2016/2 (n° 67), p. 129-142. DOI : 10.3917/rppg.067.0129. URL : https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2016-2-page-129.htm

MOLINIé Georges, « Doxa et légitimité », Langages, 2008/2 (n° 170), p. 69-78. DOI : 10.3917/lang.170.0069. URL : https://www.cairn.info/revue-langages-2008-2-page-69.htm

Le mot du lundi : onomastique, adj. + n.f.

Aujourd’hui nous allons nous intéresser au terme onomastique, qui est à la fois un adjectif et un nom commun.

1. L’adjectif

L’adjectif onomastique provient du XVIe siècle. Ce terme est emprunté du grec onomastikê (tekhnê), qui signifie « art de désigner ». Est onomastique ce qui :

  • concerne les noms propres ;
  • est relatif à l’étude des noms propres ;
  • contient des noms propres.

2. Le substantif

Le substantif féminin onomastique est une branche de la lexicologie qui étudie l’origine et la formation des noms propres (Dictionnaire de l’Académie française).

On distingue trois sous-branches :

  • l’anthroponymie ;
  • l’hydronymie ;
  • la toponymie.

Voilà trois termes qui pourront donner lieu à de prochains articles 😉

Le mot du lundi : percontatif, adj. v.

Bonjour ! Aujourd’hui je vous propose d’expliciter un terme courant mais qui est couramment (vous me suivez ?) peu employé.

Il s’agit de percontatif.

Percontatif vient du latin percontari, qui signifie « s’informer, questionner ».

On cherche donc à obtenir une information puisqu’est dit percontatif un énoncé qui questionne – via une interrogative indirecte. Notons en outre qu’il s’agit nécessairement d’une question ouverte.

Les verbes percontatifs sont alors :

  • demander
  • s’enquérir…

A retenir : percontatif renvoie essentiellement à une marque sémantique de l’interrogation (voir LE GOFFIC).

Pour aller plus loin :

LEFEUVRE Florence, « Catégorisation de comment subordonnant », Travaux de linguistique, 2009/1 (n° 58), p. 63-88. DOI : 10.3917/tl.058.0063. URL : https://www.cairn.info/revue-travaux-de-linguistique-2009-1-page-63.htm

Le Goffic Pierre. Ce qui, ce que : C.Q.F.D.. In: Pratiques : linguistique, littérature, didactique, n°125-126, 2005. pp. 25-47.

DOI : https://doi.org/10.3406/prati.2005.2059

www.persee.fr/doc/prati_0338-2389_2005_num_125_1_2059

A bientôt !

Le mot du lundi : synesthésie, n.f.

On parle de synesthésie (du grec syn, « avec » (union) et aesthesis, « sensation ») lorsque l’excitation d’un sens fait naître des impressions d’un autre sens.

Par exemple, NERVAL écrit dans Aurélia : « Des couleurs, des odeurs et des sons je voyais ressortir des harmonies jusqu’alors inconnues ».

Un exemple très connu, il s’agit du poème d’Arthur RIMBAUD, « Voyelles » :

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes : (…) »

Dans la vie ordinaire également on attribue couramment, en effet, des couleurs aux lettres de l’alphabet ou aux nombres : on parle là aussi de synesthésie.

A bientôt !

Le mot du lundi : homéoptote, n.m.

« Un jour de canicule sur un véhicule où je circule, gesticule un funambule au bulbe minuscule, à la mandibule en virgule et au capitule ridicule » (Queneau, Exercices de style, 1947).

Cela ne peut nous échapper, nombre de mots dans cette phrase comportent une finale semblable (« -ule ») dans cet extrait de Queneau (j’ai lu Exercices de style mais cet extrait figure dans le Cnrtl).

Tout d’abord, il est intéressant de considérer l’élément homéo. Issu du grec, il signifie « semblable » et sert initialement à construire des mots dans deux domaines :

  • la médecine ;
  • les sciences physiques.

Associé à l’élément ptote (ptotis) qui signifie « cas » en grec, il relève de la stylistique : l’homéoptote consiste à accumuler dans une phrase plusieurs mots aux finales identiques comme nous l’avons observé dans l’exemple ci-dessus.

Une autre figure de style commence par homéo, il s’agit d’homéotéleute : la nuance est assez ténue… sachant qu’une homéotéleute est définie par le CNRTL comme une « f]igure de style consistant à placer en fin de phrases ou de membres de phrases assez rapprochés des mots dont les finales semblables sont sensibles à l’oreille ».

A la semaine prochaine !

Le mot du lundi : stylème, n.m.

Si stylème semble renvoyer basiquement au style d’un auteur, à un idiolecte, il recouvre une réalité des plus complexes parce qu’il convoque justement d’autres concepts à leur tour des plus complexes.

Selon MOLINIE et VIALA, dans Approches de la réception (1993), le stylème est « un caractérisème de littérarité ». Dans le même chapitre, il s’agit de régularité langagière et de marquage : « la marque a un rôle à le fois interne, concernant l’autarcie du discours littéraire, et externe, définissant la différenciation spécifique. Le marquage est donc lié à la surcaractérisation littéraire du discours. »

Afin de simplifier cette conceptualisation, on parle aussi pour le style d’auteur de « signature stylistique ».

Nous retiendrons donc que stylème est un fait stylistique qui apparaît fréquemment dans différents textes d’auteurs mais qu’il ne s’y réduit pas.

Quelques exemples :

On pense à la phrase averbale de Pierre LOTI, au syntagme nominal des frères GONCOURT, aux points de suspension de CELINE, à l’apposition chez SARTRE, aux participes présents chez Claude SIMON (ces exemples proviennent de l’article de VAUDREY-LUIGI, « De la signature stylistique à la reconnaissance d’un style d’auteur »).

Voici les références :

VAUDREY-LUIGI Sandrine, « De la signature stylistique à la reconnaissance d’un style d’auteur », Le français aujourd’hui, 2011/4 (n°175), p. 37-46. DOI : 10.3917/lfa.175.0037. URL : https://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2011-4-page-37.htm

MOLINIé Georges, VIALA Alain, « Stylème », dans : , Approches de la réception. Sémiostylistique et sociopoétique de Le Clézio, sous la direction de MOLINIé Georges, VIALA Alain. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Perspectives littéraires », 1993, p. 31-42. URL : https://www.cairn.info/–9782130451013-page-31.htm

Et, pour aller plus loin :

Davide Vago, « Balzac & l’excès du réel », Acta fabula, vol. 16, n° 4, Notes de lecture, Avril 2015, URL : http://www.fabula.org/acta/document9281.php, page consultée le 03 octobre 2022

Molinié Georges. Un style de Molière ?. In: L’Information Grammaticale, N. 56, 1993. pp. 28-32.

DOI : https://doi.org/10.3406/igram.1993.3167

www.persee.fr/doc/igram_0222-9838_1993_num_56_1_3167

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : polysyndète, n.f.

Bonjour ! Je ne suis pas très présente en ce moment ; voici toutefois le mot du lundi.

Il s’agit du substantif polysyndète.

Cette figure consiste à multiplier les mots de liaison marquant la coordination ou la subordination. Ces mots de liaison sont placés avant chaque mot d’une énumération ou devant chacun des membres d’une phrase.

La conjonction « et » est la plus couramment employée, suivent « ou », « ni », « car » et « mais ».

Voici un exemple de polysyndète formée avec « et » :

 » Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune  » (Jean RACINE, Iphigénie, 1674, acte I, scène 1, vers 8).

Passez un bon lundi !