Archives pour la catégorie Mots croisés

Anciennement nommée « Le mot du lundi », cette rubrique décrypte des mots, issus de romans, d’essais, de périodiques… En somme, des mots croisés sur mon chemin.

Le mot du lundi : misonéisme, n. m.

Le terme misonéisme est apparu pour la première fois en 1873.

Il est formé de deux éléments provenant du grec ancien :

  • miso- qui vient du verbe misein signifiant « détester, haïr » ;
  • néo- de l’adjectif néos, « nouveau » ;

et du suffixe -isme.

Ainsi misonéisme signifie une aversion pour tout ce qui est nouveau, une hostilité systématique au changement.

Pour aller plus loin :

Le misonéisme ou la haine du nouveau : un néologisme à succès au tournant du 20e siècle | Le blog de Gallica (bnf.fr)

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : s’emberlucoquer, v.

Je vous l’avoue, mais peut-être l’aviez-vous obervé, j’ai une certaine propension à choisir pour cette rubrique des mots déchus.

Aujourd’hui, ce sera un terme populaire, soit le verbe (s’)emberlucoquer.

Ce verbe, que je connais pour son apparition dans l’œuvre de Rabelais, figure dans peu de documents explicatifs, qu’ils soient en ligne ou imprimés. Il pose par ailleurs, on va le voir, un problème relatif à son caractère pronominal (pour rappel, les verbes pronominaux se conjuguent avec un pronom réfléchi « me, te, se, nous, vous) ou non pronominal.

Selon le Littré, s’emberlocoquer, verbe réfléchi, signifie « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Un verbe pronominal ? Controverse

En effet, j’ai d’abord relevé la définition « embarrasser, troubler, remplir l’esprit de chimères », induisant qu’il ne s’agit pas là d’un verbe pronominal (absence de pronom réfléchi).

Pourtant selon d’autres sources, le verbe s’emberlucoquer semble être un verbe exclusivement ou plus précisément « essentiellement » pronominal. Ainsi dans le dictionnaire de l’Académie française de 1762, il est défini comme verbe pronominal réfléchi, terme populaire, signifiant « se coiffer d’une opinion, s’en préoccuper tellement, qu’on en juge aussi mal que si on avait la berlue ». Dans l’édition de 1798, il est notifié que ce verbe ne s’emploie qu’avec un pronom personnel.

Rabelais

Revenons à Rabelais. On trouve plusieurs occurrences du verbe (s’)emberlucoquer dans son œuvre, notamment dans le livre I, chapitre VI :

« Ha, pour grace, n’emberlucoquer jamais vos esperitz de ces vaines pensées ».

En note de bas de page, il s’agit de « s’emplir la tête de chimères semblables à celles que les Moines ont accoûtumé de loger fous leurs capuchons de bures ».

Une origine floue

Enfin, si son origine est inconnue, ce verbe pourrait être construit sur le terme embrouiller ou berlue, berlu, (hurluberlu) et coquer, coque, capuchon = s’encapuchonner de berlue, voir des choses qui ne sont pas.

Passez une bonne semaine !

Le mot du lundi : épitrochasme, n.m.

Bonjour !

Aujourd’hui je vais vous parler d’une figure de style, l’épitrochasme.

Cette figure de style, plus spécifiquement figure de rythme, consiste à accumuler des mots courts et expressifs.

Un exemple bien connu : l’expression de Jules César en 47 av. JC, « Veni, vidi, vici ».

L’effet rythmique est bien présent !

L’épitrochasme est par ailleurs fréquemment employé dans l’invective.

Bon début de semaine !

Le mot du lundi : périssologie, n.f.

Bonjour ! Aujourd’hui nous allons parler répétition.

La périssologie est un vice d’élocution consistant à ajouter à une pensée déjà exprimée d’autres termes surabondants (Gradus, les procédés littéraires) et donc inutiles.

L’exemple cité dans le Gradus est extrait de L’Ecume des jours de Boris Vian :

« Puis-je me permettre de prier Monsieur de bien vouloir m’autoriser à reprendre mes travaux ? »

Notons enfin que là où le pléonasme est une figure de style, la périssologie est un défaut.

Bonne semaine !

Le mot du lundi : euphuisme, n.m.

Bonjour ! Au programme aujourd’hui, le terme euphuisme, qui nous vient de l’Angleterre élisabéthaine (Euphuès est le titre d’un ouvrage de l’écrivain anglais John Lyly (1554-1606), paru en 1578-1580).

Euphuisme signifie style maniéré, il se caractérise par :

  • ses excès formels (nombre de questions rhétoriques, parallélismes, antithèses…) ;
  • l’emploi de procédés euphoniques (allitérations, assonances, rimes) ;
  • l’usage de figures de style, notamment images et comparaisons ;
  • son goût savant (citations, allusions, notamment aux littératures anciennes) ;
  • son style maniéré, son affectation dans le langage.

Notons la fonction sociale de l’euphuisme, car il s’agit là du langage de la Cour.

Je tiens à préciser que je me suis fortement inspirée du Jarrety* pour rédiger cet article.

* JARRETY, Michel (sous la dir. de), Lexique des termes littéraires, Le Livre de poche, 2001.

Passez une bonne journée !

Le mot du lundi : gnomique, adj.

Bonjour !

À partir des différents documents que j’ai consultés (notamment le Jarrety, le dictionnaire de l’Académie française, etc.), j’ai pu distinguer trois acceptions concernant le terme gnomique :

  1. qui se présente sous forme de sentences, qui est constitué de sentences, maximes, préceptes, conseils pratiques versifiés ;
  2. se dit d’une forme verbale (mode, temps) servant à marquer un fait général : par exemple « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (La Fontaine, Fables). Par ailleurs, on qualifie de gnomique l’emploi du présent que l’on trouve dans les énoncés de de type, par opposition au présent d’énonciation, de narration, de description. Par exemple : « La Terre tourne autour du Soleil » ;
  3. le troisième point se rapporte à la poésie : les poètes de l’Antiquité grecque pratiquaient une poésie dite gnomique, c’est-à-dire qu’ils s’exprimaient par sentences et maximes. Les plus célèbres poètes gnomiques sont Théognis et Phocylide.

Quant à l’étymologie du terme gnomique, il est emprunté au grec gnômikôs, « en forme de sentence », lui-même dérivé de gnômê, « opinion ».

Enfin, pour aller plus loin :

Vignes Jean. Pour une gnomologie : Enquête sur le succès de la littérature gnomique à la Renaissance.. In: Seizième Siècle, N°1, 2005. pp. 175-211;
doi : https://doi.org/10.3406/xvi.2005.853
https://www.persee.fr/doc/xvi_1774-4466_2005_num_1_1_853

Bon début de semaine !

Le mot du lundi : épenthèse, n.f.

Bonjour !

Vous connaissez la pièce de théâtre Ubu roi (1896) d’Alfred Jarry ! Vous voyez où je veux en venir ?

« Merdre ! »

C’est une épenthèse : il s’agit d’insérer une lettre ou une syllabe à l’intérieur d’un mot qui est ainsi altéré (épenthèse vient du grec epenthesis, qui signifie « intercalation »).

Une autre figure existe, la paremptose : il s’agit cette fois d’ajouter une lettre, non une syllabe.

Par ailleurs, l’épenthèse comme la paremptose relèvent du métaplasme, qui regroupe toutes les figures où un mot est altéré par :

  • adjonction ;
  • suppression ;
  • inversion

de sons ou de lettres.

Pour aller plus loin, voici quelques métaplasmes :

  • prosthèse ;
  • paragoge ;
  • aphérèse ;
  • syncope ;
  • apocope, élision ;
  • métathèse ;
  • diérèse ;
  • contraction, synérèse

(Voir pour toutes ces figures le Gradus de Bernard DUPRIEZ).

Bonne journée ensoleillée !

Le mot du lundi : acribologie, n.f.

Bonjour !

Le substantif féminin acribologie est un mot très rare : on ne le trouve guère dans les dictionnaires d’aujourd’hui. Cet article sera donc des plus concis.

Passons à l’essentiel : acribologie, qu’est-ce que cela veut dire ?

Acribologie vient du grec ancien akribeia, « exactitude », « soin minutieux ».

Il s’agit alors d’un souci de précision et de rigueur dans le choix des mots que l’on emploie.

Par exemple : ce rédacteur a une certaine propension à l’acribologie !

Je vous le concède, vous ne l’utiliserez peut-être pas tous les jours… 😉 sinon avec parcimonie…

Bonne journée !

Le mot du lundi : billevesée, n.f.

Bonjour !

Aujourd’hui j’ai choisi de définir le terme billevesée. Si vous me suivez, vous l’aurez déjà relevé dans un précédent article. Ce substantif féminin :

  • renvoie à des propos ou une idée vides de sens, voire, selon le Cnrtl, souvent erronés, ou encore ridicules selon le Dictionnaire de l’Académie française. Ses synonymes sont « baliverne », « faribole », « sornette » ;
  • signifie par extension une idée, un comportement, une occupation ou une préoccupation frivoles. Ses synonymes sont alors « futilité », « chimère », « niaiserie ».

Notons que le terme billevesée est principalement employé au pluriel, comme dans cet extrait de Notre-Dame de Paris de Victor HUGO (1832) :

« − Eh ! Parle, cette vie que tu te fais si charmante, qui te l’a conservée ? À qui dois-tu de respirer cet air, de voir ce ciel, et de pouvoir encore amuser ton esprit d’alouette de billevesées et de folies ? Sans elle, où serais-tu ? »

Passez une bonne journée !