Archives pour la catégorie Mots croisés

Anciennement nommée « Le mot du lundi », cette rubrique décrypte des mots, issus de romans, d’essais, de périodiques… En somme, des mots croisés sur mon chemin.

Le mot du lundi : tmèse, n.f.

Bonjour !

Le terme tmèse est une figure de construction, sous-classée figure de déstructuration.

Elle vient du bas latin tmesis, du grec tmêsis, « coupure ».

Dès lors, qu’est-ce qu’une tmèse ?

Il s’agit de l’insertion d’un ou plusieurs mots provoquant la division

  • d’un mot composé ou
  • d’un groupe de mots indissociables.

Voici un exemple issu du recueil Charmes de Paul Valéry ; le poème s’intitule « L’Abeille » :

« Quelle, et si fine, et si mortelle,

Que soit ta pointe, blonde abeille,

Je n’ai, sur ma tendre corbeille,

Jeté qu’un songe de dentelle. »

On note ainsi la disjonction inattendue entre « quelle » et « que » dans les deux premiers vers.

Soulignons enfin que la tmèse est surtout fréquente en poésie : le poète possède l’espace où déployer sa créativité.

Passez une bonne journée !

Le mot du lundi : symploque, n.f.

Bonjour !

J’ai déjà mentionné le terme symploque dans un précédent article. Un décryptage s’impose alors !

La symploque réunit l’épiphore et l’anaphore, soit respectivement une répétition en fin de phrase et une répétition en début de phrase.

Voici un exemple de symploque, extrait de DIDEROT, Denis, Correspondance, Paris, Éditions de Minuit, 1955-1970, 16 vol. Éditée par Georges Roth, puis par Jean Varloot :

« Tu diras que c’est là se démener diablement ; et tu auras raison. Tu diras que ce n’est pas la peine de tant tourner, pour trouver le dernier sommeil ; et tu auras raison. Tu diras qu’il faut revenir le plus tôt possible et par le plus court chemin ; et tu auras raison » (lettre de Diderot à sa femme, octobre 1773, éd. Roth-Varloot, vol. XIII, p. 73).

Je tiens à préciser que, bien qu’ayant lu Diderot, je n’ai pas encore lu sa Correspondance. J’ai trouvé cet exemple sur un site incroyable, L’Oreille tendue : L’Oreille tendue | Langue, culture, sport |

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : irréfragable, adj. v.

J’ai rencontré le terme irréfragable alors que je lisais le roman de Benjamin Constant dont je vous ai déjà parlé, Adolphe (1817) :

« Ellénore n’avait eu jusqu’alors aucune notion de ce sentiment passionné, de cette existence perdue dans la sienne, dont mes fureurs mêmes, mes injustices et mes reproches, n’étaient que des preuves plus irréfragables » (Benjamin CONSTANT, Adolphe, Flammarion, édition 1989, p.81).

Selon le Larousse en ligne, cet adjectif qualificatif signifie « qu’on ne peut récuser ».

Le CNRTL nous apporte quelques précisions sur l’origine du terme irréfragable : il est emprunté au bas latin irrefragabilis, c’est-à-dire « irréfutable », dérivé du latin classique regrafari, « voter contre, s’opposer à ».

Synonymes : incontestable, indéniable, irrécusable.

Bonne journée !

Le mot du lundi : épanorthose, n.f.

Vous l’ignorez peut-être, mais vous employez souvent des épanorthoses.

Via cette figure de rhétorique, il s’agit, en corrigeant ou en nuançant ses propos, d’atténuer ou au contraire de renforcer une idée.

Par exemple :

  • son comportement me choque, disons me perturbe ;
  • cet homme est fantaisiste, voire fou ;
  • cette femme est mince, que dis-je, maigre.

Voici deux synonymes d’épanorthose : rétroaction, palinodie.

Pour aller plus loin, je vous ajoute un lien intéressant :

http://unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/frhetorique/fr022200.html

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : acroamatique, adj.

Bonjour !

L’adjectif acroamatique vient du grec ancien (« entendre »). Il signifie « qui est reçu par l’oreille ».

Le Littré précise que l’enseignement acroamatique correspond à l’enseignement oral – il renvoie à l’enseignement d’Aristote – par opposition à l’enseignement par les livres.

Ainsi le maître, qui communiquait de vive voix à ses élèves initiés, leur délivrait un enseignement profond, qui ne figurait pas dans les livres et leur était exclusivement destiné (pas de vulgarisation).

Trois points pour aller plus loin :

  • au sujet d’Aristote, j’ai lu qu’il traitait de questions métaphysiques adressées le matin à ses seuls initiés, et le soir, il abordait des thèmes concrets accessibles à un public plus large ;
  • j’ai aussi lu que l’acroamatique ne nécessite pas forcément que ce qui est donné pour exister soit prouvé par les sens ;
  • enfin il est essentiellement question du travail cognitif dans les disciplines de la raison pure (si vous souhaitez poursuivre…).

Bonne journée !

Le mot du lundi : antépiphore, n.f.

Bonjour !

Qu’est-ce qu’une antépiphore ?

En poésie comme en prose, une antépiphore renvoie à la reprise/répétition d’éléments au début et à la fin d’une strophe, d’une phrase ou d’un ensemble verbal comme un paragraphe ou une période, et qui confère à l’ensemble un effet de refrain.

L’exemple suivant, extrait du poème « L’Irréparable » de Baudelaire, (poème lui-même extrait des Fleurs du Mal, publié en 1857) vous éclairera davantage :

« Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

Dis, connais-tu l’irrémissible ?

Connais-tu le remords aux traits empoisonnés ?

A qui notre cœur sert de cible ?

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ? »

Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez vous référez à deux autres termes proches, la symploque et l’inclusion, dont je parlerai une autre fois.

Pour aller encore plus loin, un article cité sur le site de Cairn (un site extrêmement riche, fouillé et pointu) : https://www.cairn.info/jeux-verbaux-et-creations-verbales–9782200619503-page-109.htm

Bon début de semaine !

Le mot du lundi : spoudogeloion, n.m.

Bonjour ! Le mot du lundi ne serait pas ce qu’il est sans le décryptage de termes peu usités ! J’ai donc choisi spoudogeloion aujourd’hui.

J’ai trouvé une seule définition dans mes « grimoires », elle est issue du Lexique des termes littéraires, sous la direction de Michel Jarrety :

« Ce terme caractérise un genre d’écriture qui associe des thèmes ou des styles contrastés, en traitant par exemple sur le mode comique un contenu sérieux, ou en utilisant un style élevé pour décrire un évènement bas et comique. »

Il est plus loin question de Rabelais, qui dans le prologue de Gargantua (1535) explique « comment derrière le caractère comique de l’œuvre se cache une « substantifique moëlle », c’est-à-dire un contenu sérieux et philosophique. »

Spoudogeloion vient du grec spoudaios, « sérieux », et geloion, « risible, comique » : on retrouve bien dans son étymologie le rapprochement entre des éléments sérieux et comiques que ce terme dénote.

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : narratologie, n.f.

Je vous ai déjà parlé de narratologie. Mais que recouvre cette science de la narration ?

La narratologie est une discipline qui étudie les techniques et structures narratives du récit ainsi que l’instance narrative.

Trois concepts principaux entrent en jeu :

  • l’histoire ;
  • le récit ;
  • la narration.

Il s’agit de répondre à des interrogations telles que :

  • Comment fonctionne le récit ?
  • Quelles sont ses modalités ?
  • Qu’en est-il de l’intrigue ?
  • Qu’en est-il de la temporalité ?

Le personnage, notamment, est aussi étudié.

Historiquement, la narratologie se base sur le formalisme russe des années 1920 puis sur le structuralisme français des années 1960-1970 .

Passez un bon lundi !

Le mot du lundi : catachrèse, n.f.

Bonjour ! Aujourd’hui nous allons parler rhétorique via le terme catachrèse.

Cette figure de style consiste à détourner ou à étendre un mot de son sens propre et strict pour l’appliquer à une autre réalité, à une autre idée, ce par :

  • métaphore ;
  • métonymie ;
  • synecdoque.

Exemples : « les pieds d’une table », « les bras d’un fauteuil », « en dent de scie »…

Le Petit Robert précise que cet usage est si courant que le terme détourné n’est plus senti comme relevant d’une figure de style : il est lexicalisé, c’est-à-dire transformé en une unité lexicale autonome (Cnrtl).

A jeudi !

Le mot du lundi : isotopie, n.f.

Bonjour !

Aujourd’hui je vais vous parler d‘isotopie, un terme que vous avez dû rencontrer maintes fois si vous lisez mes analyses littéraires ;).

Ce concept a été introduit par le sémioticien A.J. Greimas dans son ouvrage Sémantique structurale : recherche de méthode (1966).

Il renvoie basiquement à un réseau de signifiés, ce qui n’est pas sans évoquer le champ lexical ou champ sémantique. L’isotopie est toutefois plus large.

Pour paraphraser Greimas et Courtés (Sémiotique : dictionnaire raisonné de la théorie du langage, 1979) il s’agit fondamentalement de l’itérabilité (répétition, récurrence) d’éléments qui confère au texte son homogénéité.

Enfin, cette itérabilité se manifeste de trois manières :

  • dénotation ;
  • connotation ;
  • analogie.

Bon lundi pascal !