Le pluriel des compléments du nom

Qu’est-ce qu’un complément du nom ?

Un complément du nom, c’est, par exemple, le segment « de lait » dans « un verre de lait ». En effet les deux termes (le nom et son complément) sont rattachés par une préposition :

  • là ;
  • de ;
  • par ;
  • pour ;
  • sans…

Il peut se construire sans préposition, notamment à l’oral, par exemple : « un café crème ».

L’accord

On accorde ce qui est comptable (terme que l’on peut dénombrer), par exemple les « colliers de perles », « les brosses à cheveux »…

On laisse invariables les matières : « en écaille », « en éponge », « des manteaux en cuir »…

J’espère que cela vous aura éclairé.

A bientôt !

Le mot du lundi : s’emberlucoquer, v.

Je vous l’avoue, mais peut-être l’aviez-vous obervé, j’ai une certaine propension à choisir pour cette rubrique des mots déchus.

Aujourd’hui, ce sera un terme populaire, soit le verbe (s’)emberlucoquer.

Ce verbe, que je connais pour son apparition dans l’œuvre de Rabelais, figure dans peu de documents explicatifs, qu’ils soient en ligne ou imprimés. Il pose par ailleurs, on va le voir, un problème relatif à son caractère pronominal (pour rappel, les verbes pronominaux se conjuguent avec un pronom réfléchi « me, te, se, nous, vous) ou non pronominal.

Selon le Littré, s’emberlocoquer, verbe réfléchi, signifie « s’entêter d’une idée, s’attacher aveuglément à une opinion ».

Un verbe pronominal ? Controverse

En effet, j’ai d’abord relevé la définition « embarrasser, troubler, remplir l’esprit de chimères », induisant qu’il ne s’agit pas là d’un verbe pronominal (absence de pronom réfléchi).

Pourtant selon d’autres sources, le verbe s’emberlucoquer semble être un verbe exclusivement ou plus précisément « essentiellement » pronominal. Ainsi dans le dictionnaire de l’Académie française de 1762, il est défini comme verbe pronominal réfléchi, terme populaire, signifiant « se coiffer d’une opinion, s’en préoccuper tellement, qu’on en juge aussi mal que si on avait la berlue ». Dans l’édition de 1798, il est notifié que ce verbe ne s’emploie qu’avec un pronom personnel.

Rabelais

Revenons à Rabelais. On trouve plusieurs occurrences du verbe (s’)emberlucoquer dans son œuvre, notamment dans le livre I, chapitre VI :

« Ha, pour grace, n’emberlucoquer jamais vos esperitz de ces vaines pensées ».

En note de bas de page, il s’agit de « s’emplir la tête de chimères semblables à celles que les Moines ont accoûtumé de loger fous leurs capuchons de bures ».

Une origine floue

Enfin, si son origine est inconnue, ce verbe pourrait être construit sur le terme embrouiller ou berlue, berlu, (hurluberlu) et coquer, coque, capuchon = s’encapuchonner de berlue, voir des choses qui ne sont pas.

Passez une bonne semaine !

Le mot du lundi : épitrochasme, n.m.

Bonjour !

Aujourd’hui je vais vous parler d’une figure de style, l’épitrochasme.

Cette figure de style, plus spécifiquement figure de rythme, consiste à accumuler des mots courts et expressifs.

Un exemple bien connu : l’expression de Jules César en 47 av. JC, « Veni, vidi, vici ».

L’effet rythmique est bien présent !

L’épitrochasme est par ailleurs fréquemment employé dans l’invective.

Bon début de semaine !

Le mot du lundi : périssologie, n.f.

Bonjour ! Aujourd’hui nous allons parler répétition.

La périssologie est un vice d’élocution consistant à ajouter à une pensée déjà exprimée d’autres termes surabondants (Gradus, les procédés littéraires) et donc inutiles.

L’exemple cité dans le Gradus est extrait de L’Ecume des jours de Boris Vian :

« Puis-je me permettre de prier Monsieur de bien vouloir m’autoriser à reprendre mes travaux ? »

Notons enfin que là où le pléonasme est une figure de style, la périssologie est un défaut.

Bonne semaine !

Le mot du lundi : euphuisme, n.m.

Bonjour ! Au programme aujourd’hui, le terme euphuisme, qui nous vient de l’Angleterre élisabéthaine (Euphuès est le titre d’un ouvrage de l’écrivain anglais John Lyly (1554-1606), paru en 1578-1580).

Euphuisme signifie style maniéré, il se caractérise par :

  • ses excès formels (nombre de questions rhétoriques, parallélismes, antithèses…) ;
  • l’emploi de procédés euphoniques (allitérations, assonances, rimes) ;
  • l’usage de figures de style, notamment images et comparaisons ;
  • son goût savant (citations, allusions, notamment aux littératures anciennes) ;
  • son style maniéré, son affectation dans le langage.

Notons la fonction sociale de l’euphuisme, car il s’agit là du langage de la Cour.

Je tiens à préciser que je me suis fortement inspirée du Jarrety* pour rédiger cet article.

* JARRETY, Michel (sous la dir. de), Lexique des termes littéraires, Le Livre de poche, 2001.

Passez une bonne journée !

Une citation : Jules SUPERVIELLE

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui voici un poème extrait de La Fable du monde (1938) de Jules Supervielle (1884-1960) :

« Le silence approchant les objets familiers,

Voyez-le comme il rôde et craint de nous toucher.

Reviendra-t-il demain décidé à tuer.

En attendant il nous lance les pierres sourdes

Qui tombent dans l’étang de notre cœur troublé

Puis s’éloigne, songeant que ce n’est pas le jour. »

Pour tout vous dire, j’aime aussi et notamment Henri Michaux (1899-1984), Yves Bonnefoy (1923-2016), René Char (1907-1988), Saint-John Perse (1887-1975). Alors attendez-vous à quelques prochaines citations… 😉

Bonne soirée !

Une citation : Philippe JACCOTTET

Aujourd’hui j’ai envie de partager avec vous un poème de Philippe Jaccottet, extrait de Chants d’en bas. J’ai peut-être découvert ce poète tardivement, mais à chaque lecture, au hasard des pages, ses propos me ravissent et m’emportent loin de moi. C’est magnifique.

« Déchire ces ombres enfin comme chiffons,

vêtu de loques, faux mendiant, coureur de linceuls :

singer la mort à distance est vergogne,

avoir peur quand il y aura lieu suffit. A présent,

habille-toi d’une fourrure de soleil et sors

comme un chasseur contre le vent, franchis

comme une eau fraîche et rapide ta vie.

Si tu avais moins peur,

tu ne ferais plus d’ombre sur tes pas. »

Philippe JACCOTTET, A la lumière d’hiver, précédé de Leçons et de Chants d’en bas, suivi de Pensées sous les nuages, Gallimard, 1994, p.51.

Le mot du lundi : gnomique, adj.

Bonjour !

À partir des différents documents que j’ai consultés (notamment le Jarrety, le dictionnaire de l’Académie française, etc.), j’ai pu distinguer trois acceptions concernant le terme gnomique :

  1. qui se présente sous forme de sentences, qui est constitué de sentences, maximes, préceptes, conseils pratiques versifiés ;
  2. se dit d’une forme verbale (mode, temps) servant à marquer un fait général : par exemple « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (La Fontaine, Fables). Par ailleurs, on qualifie de gnomique l’emploi du présent que l’on trouve dans les énoncés de de type, par opposition au présent d’énonciation, de narration, de description. Par exemple : « La Terre tourne autour du Soleil » ;
  3. le troisième point se rapporte à la poésie : les poètes de l’Antiquité grecque pratiquaient une poésie dite gnomique, c’est-à-dire qu’ils s’exprimaient par sentences et maximes. Les plus célèbres poètes gnomiques sont Théognis et Phocylide.

Quant à l’étymologie du terme gnomique, il est emprunté au grec gnômikôs, « en forme de sentence », lui-même dérivé de gnômê, « opinion ».

Enfin, pour aller plus loin :

Vignes Jean. Pour une gnomologie : Enquête sur le succès de la littérature gnomique à la Renaissance.. In: Seizième Siècle, N°1, 2005. pp. 175-211;
doi : https://doi.org/10.3406/xvi.2005.853
https://www.persee.fr/doc/xvi_1774-4466_2005_num_1_1_853

Bon début de semaine !

Françoise SAGAN, Bonjour tristesse (1954)

Avant-hier j’ai eu envie de relire ce roman de Françoise Sagan qui m’avait déjà beaucoup plu il y a plus de… vingt ans !

La narratrice

La narratrice raconte une histoire passée, qui lui appartient et qu’elle se remémore avec quelque amertume : « J’avais dix-sept ans ». Narratrice autodiégétique, s’exprimant à la première personne du singulier, elle est ainsi l’héroïne de son propre récit.

Elle s’appelle Cécile, elle a donc dix-sept ans et passe des vacances d’été avec son père et Elsa, la maîtresse de ce dernier.

Cécile qui a retrouvé son père à sa sortie de pension deux ans plus tôt, parle alors d’elle-même comme le « jouet » de son père. Elle est sa distraction, son divertissement :

« Je ne connaissais rien, il allait me montrer Paris, le luxe, la vie facile » (p.27)

Outrer l’argent, les dépenses, elle mentionne les « plaisirs faciles », précisant par ailleurs que « le goût du plaisir, du bonheur représente le seul côté cohérent de [s]on caractère ».

Cécile pourrait être considérée simplement comme superficielle. Mais son personnage est plus complexe, plus riche. Parce qu’elle évolue au fil de l’œuvre, c’est un personnage « dynamique ». Par ses traits contradictoires, elle est aussi un personnage « épais », pour reprendre les termes du théoricien E.M. Forster.

Une arrivée inopinée

Alors que les trois personnages mènent une existence dominée par un certain hédonisme, l’arrivée d’une quatrième personne va bouleverser leur mode de vie.

Il s’agit d’Anne, une amie de la défunte mère de Cécile. La description de son apparition dans le salon est particulièrement symbolique :

« Je me rappelle exactement cette scène : au premier plan, devant moi, la nuque dorée, les épaules parfaites d’Anne ; un peu plus bas, le visage ébloui de mon père, sa main tendue et, déjà dans le lointain, la silhouette d’Elsa. » (p.47)

En effet, Anne apparaît rapidement comme une menace aux yeux de Cécile.

La menace

Cécile la dépersonnalise, elle la voit comme une « entité », non comme un être sensible (p.57) :

« Je n’avais jamais pensé à Anne comme à une femme. Mais comme à une entité : j’avais vu en elle l’assurance, l’élégance, l’intelligence, mais jamais la sensualité, la faiblesse… » (p.57)

Anne est à l’opposé des autres personnages. Elle est réfléchie, posée. Et pourtant le père de Cécile la demande en mariage. Cette nouvelle terrasse Cécile, qui souligne la puissance d’Anne :

« je me perdais moi-même. (…) Je mesurai sa force : elle avait voulu mon père, elle l’avait, elle allait peu à peu faire de nous le mari et la fille d’Anne Larsen. C’est-à-dire des êtres policés, bien élevés et heureux ».

La narratrice craint que son existence ne change complètement. Anne incarne une forme de sagesse, de sévérité voire d’austérité, notamment lorsqu’elle enferme Cécile dans sa chambre afin qu’elle y étudie ses cours de philosophie au lieu de rejoindre son petit ami Cyril à la plage.

« Tout cela était fini. A mon tour, j’allais être influencée, remaniée, orientée par Anne. »

À travers les propositions mises en apposition, Cécile souligne les différences qui les opposent, elle et son père, à Anne :

« Je me disais : « elle est froide, nous sommes chaleureux ; elle est autoritaire, nous sommes indépendants ; elle est indifférente : les gens ne l’intéressent pas, ils nous passionnent ; elle est réservée, nous sommes gais » » (p.72).

Un plan cruel

Dès lors, Cécile réagit. Il n’est pour elle pas question de se laisser entrainer dans un mode de vie qui ne lui correspond pas, de se laisser « voler », de voir son existence « saccagée » (p.77). Elle se rebelle et fomente bientôt un plan cruel à l’encontre d’Anne…

Nous connaissons la suite. Le plan fonctionne, il fonctionne même trop bien.

Et puis le temps passe. À la rentrée, à Paris, la vie reprend son cours, les rencontres, les sorties. Seul perdure chez Cécile un sentiment qu’elle appelle « tristesse », ou n’est-ce pas plutôt le remords, accompagné de son lot de réminiscences : « ma mémoire parfois me trahit : l’été revient et tous ses souvenirs » (p.154) ?

Bonne lecture !

Françoise SAGAN, Bonjour tristesse, éditions Julliard, 1954.