Mikhaïl BOULGAKOV, Morphine (1927)

Morphine est une nouvelle quasi-autobiographique dans laquelle il est essentiellement question de l’addiction progressive et douloureuse d’un médecin à la morphine.

Russie, 1918

Dans ce récit court, cru et rapide, un médecin, Poliakov, appelle à l’aide un ancien collègue, Bomgard.

On apprend rapidement que Bomgard ne pourra pas sauver Poliakov. Il reçoit en effet peu après le journal intime de Poliakov qui le lui adresse comme une anamnèse après s’être donné la mort.

Ce journal intime s’insère dans le récit, créant par là une véritable mise en abyme (un récit dans le récit). A sa lecture on apprend la descente – en abyme ? – aux enfers de Poliakov : Morphine relate prestement le douloureux parcours d’un médecin qui tombe par quelques milligrammes ou centigrammes dans l’addiction à la morphine. Descente vertigineuse.

Peut-être devrais-je dire qu’il s’agit là d’un chef d’œuvre du genre, que la morphinomanie y est limpidement décrite, concentrée sur le phénomène de manque qui transforme un médecin en un être faible et agité, en un homme obsédé par la recherche d’un apaisement, de plaisirs artificiels, et, qui le réduit, finalement, à ses seules supplications.

Trop court ? Trop rapide ? Un dénouement trop attendu ?

Peut-être suis-je passée à côté de quelque chose durant ma lecture. Car ce livre m’a ennuyée, il m’a si peu apporté que je devrais sans doute le relire ! Il ne répond à aucune de mes interrogations.

Et vous qu’en pensez-vous ?

Le mot du lundi : amphibologie, n.f.

Le mot amphibologie est un substantif féminin.

Prenons un exemple proposé par le Cnrtl : louer une maison. On peut en effet louer une maison…

  • … en tant que locataire
  • … ou en tant que propriétaire de la maison.

Cela dépend du point de vue, mais surtout du contexte.

Prenons un autre exemple, cette fois-ci tiré du Larousse : « Les magistrats jugent les enfants coupables. » Ici, le propos prête à confusion :

  • qui est jugé coupable ? -> tous les enfants
  • ou bien : comment les enfants sont-ils jugés ? –> ils sont jugés coupables.

Ainsi, quelle que soit l’acception considérée, linguistique, rhétorique, philosophique, on retient essentiellement qu’il s’agit là d’un double sens, a priori dû à une maladresse, voire dû à un choix stylistique.

Qu’en est-il de l’étymologie ? Si pour le Larousse le terme amphibologie vient du grec amphibolos (« ambigu ») et logos (« discours »), le Petit Robert évoque quant à lui un terme formé du grec amphi (« double ») et ballein (« lancer »).

Petit point de linguistique

Vous le savez, certains termes ont la même forme au féminin et au masculin.

Par exemple :

  • un artiste, une artiste
  • un élève, une élève

Ces termes dont le genre est indifférencié portent un nom précis : ils sont dits épicènes.

Sachez qu’ils s’emploient comme noms communs ou comme adjectifs.

Pour aller plus loin :

https://www.cairn.info/revue-la-linguistique-2010-1-page-113.htm

https://www.cairn.info/qu-est-ce-qu-une-femme–9782373614084-page-167.htm

https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2019-2-page-273.htm

https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9E2181

Bon week-end !

Ixchel DELAPORTE, Ecoute les murs parler (2023)

Sous la forme d’un roman, l’autrice, qui est aussi la narratrice, mène une enquête, un projet documentaire au sein de l’hôpital psychiatrique de Cadillac. Elle observe, puis elle approche et interroge les patients, se heurte au corps médical, s’attache, aussi, aux personnages que l’on considère comme fous, alors que la folie justement n’est rien de plus qu’un désolant raccourci.

Son écriture, toujours juste, précise et sensible (sans jamais tomber dans la sensiblerie) s’immisce intimement en nous.

Ixchel raconte. Elle dépeint une galerie d’individus tristes, seuls, malades, avides de rencontres. Leur souffrance, à vif, eux que la société écarte et conditionne, nous interpelle.

C’est au fond un témoignage riche de personnages hauts en couleur et que l’autrice s’attache à décrire dans leur individualité même, dans leur singularité. Chacun d’entre eux est nommé, puis décrit dans le contexte dans lequel il.elle s’inscrit.

Ce roman, d’une certaine manière, est une vraie leçon de vie, car chacun d’entre nous ne dissimule-t-il.elle pas ses failles sous de solides apparences ?

Ixchel DELAPORTE, Ecoute les murs parler, éditions L’Iconoclaste, 2023.

Le mot du lundi : écholalie, n.f.

Aujourd’hui, nous abordons le substantif féminin écholalie.

Quelques mots sur son étymologie : ce terme vient du grec (« écho ») auquel est accolé le suffixe -lalie (lalein) qui signifie « parler ».

Signification d’écholalie : il s’agit de la répétition automatique, machinale, par un sujet, des paroles – mots ou phrases – et souvent des chutes de phrases que vient de prononcer son interlocuteur. D’où la notion d’écho.

Présente au quotidien, sachez que l’écholalie est considérée comme un trouble du langage.

Sources : Cnrtl, Le Petit Robert

De la difficulté de finir un roman

Je n’énoncerai probablement que des banalités à ce sujet, qui mériterait pourtant d’être plus fouillé, approfondi, je vous l’accorde. C’est ici que les banalités débutent : certains romans nous marquent plus que d’autres. Des personnages attachants, sympathiques, hauts en couleur, qui nous ressemblent, ou en revanche ne nous ressemblent pas du tout, sur lesquels on se projette… La liste est longue pour expliquer ce phénomène.

Dans les Belles images par exemple, je me suis tellement attachée à l’héroïne, Laurence, fragile et forte à la fois, que je n’osais commencer un autre roman dans la foulée. C’est la même chose pour L’autre qu’on adorait de Catherine Cusset que j’ai lu en une journée. Je pourrais multiplier les exemples comme des paramécies. De manière générale, je veux rester imprégnée du précédent roman, y réfléchir, le feuilleter et le re-feuilleter, voire parfois, imaginer une autre fin…

Et vous, que pensez-vous de cet état latent qu’on aimerait voir se prolonger ?

Par ailleurs, j’ai oublié de vous apporter une précision à propos des Belles images : à relire à la lumière de l’ouvrage de Dorrit Cohn, La Transparence intérieure, une pépite que j’ai déjà évoquée.

Par ailleurs n°2, en ce moment je lis Ecoute les murs parler de Ixchel Delaporte, c’est passionnant – mais j’approche de la fin :(.

Bonne soirée !

Le mot simple du lundi : atermoyer

Le verbe atermoyer provient de l’ancien français termoier, « vendre à perte », « différer ». Selon le Larousse, il s’agit de remettre les choses à plus tard, de gagner du temps par des faux-fuyants.

Le CNRTL est plus précis : il distingue deux emplois, transitif et intransitif.

  • Dans le premier cas (verbe transitif), atermoyer signifie « prolonger les termes d’un paiement », ou encore « retarder, renvoyer quelque chose à plus tard ».
  • Dans le second cas (verbe intransitif), ce terme veut dire « demander ou chercher à obtenir des délais, différer pour gagner du temps ».

Le mot du lundi : séditieux, adj. et n.m.

Aujourd’hui au programme : le substantif et l’adjectif qualificatif séditieux.

Cette unité terminologique qui repose essentiellement sur la notion de rébellion s’emploie de trois manières, soit en adjectif (deux acceptions proches) et en nom commun.

  • lorsque l’on parle d’une personne séditieuse, on veut dire qu’elle suscite une sédition, y prend part, se révolte ouvertement contre l’ordre établi. Elle agit de manière subversive. Ses synonymes sont aussi bien « agitateur », « factieux », que « révolté ». Exemple : « Je les peignis [les Juifs] puissants, riches, séditieux« , RACINE, Esther. II, 1*.
  • lorsque l’on parle d’une « chose » (le terme « chose » renvoyant simplement et par opposition à ce qui n’est pas une personne), séditieux signifie « qui pousse à la sédition », « qui tend à provoquer une sédition ». Il peut s’agir d’un discours, d’un mouvement, etc. Exemple : « Un auteur dont les séditieux écrits respiraient l’austérité républicaine« , ROUSSEAU.

Sources : TLFi, Dictionnaire de l’Académie française (8e édition), CNRTL.

Pour aller plus loin, consultez l’article du Littré dont voici le lien : https://www.littre.org/definition/s%C3%A9ditieux

Quant à l’étymologie de séditieux, je vous renvoie à cet article du Littré : https://www.littre.org/definition/s%C3%A9dition

Passez un bon lundi !

* RACINE, Esther (1689), pièce de théâtre à lire ou voir ou déclamer absolument !

L’entretien (texte bizarre)

            C’est à Bergen que je t’ai rencontré, une fois arrivés à Oslo, je t’aimais déjà.

            Le voyage en train interminable, la neige et les fjords… J’ai gardé chacun de tes mails, chacun de tes textos et même nos conversations sur MSN (car messenger, twitter et facebook n’existaient pas à l’époque).

            La magie n’opère plus. Tu es parti.

            En dépit des clowns surexcités que j’avale chaque matin, le brouillard de ton non-être-là ne s’est pas dissipé.

Et puis le téléphone sonne. J’ai décroché un entretien.

            Le téléphone pourtant ne sonnera plus. Tu es fiancé, marié, papa peut-être… Le téléphone obstinément se tait.

            Dans la salle d’attente, je jauge mes concurrents. Je suis la meilleure, je suis la meilleure. J’ai une véritable valeur ajoutée à leur apporter. Je pianote sur mon smartphone, j’envoie des émoticônes vomissant à tout va à mes amis. Une jeune femme a une araignée dans les cheveux. Je tente de me décrisper. Je plisse le nez. Je fronce les sourcils. Pas très efficace. A vrai dire, je me demande si le clown de ce matin était frais. Mais l’araignée est bien vivante, je ne me fais donc plus de souci. Un jeune homme aux souliers marrons me regarde avec insistance.

            On vient me chercher.

            « Présentez-vous ».

            C’était soit ça, soit « présentez-nous votre parcours ». J’aurais préféré la seconde.

            Marketeuse de formation, je me transforme tour à tour en jeune femme ambitieuse, dynamique et force de proposition, en exécutante proactive, en athlète de niveau communal, en amoureuse des causes nobles. Je perds pieds à leurs yeux quand j’évoque les petites figurines que je confectionne en pâte fimo : le lapin violet avec sa carotte est pourtant ma plus belle réussite.

            Un des membres du jury, monsieur Humin, le DRH je crois, caresse distraitement un dalmatien.

            Cela ne m’étonne pas. Ce qui m’aurait étonnée, en revanche, c’est qu’il caresse un poisson.

Le dalmatien me jauge avant de m’adresser un clin d’œil.

            J’ai finalement raté mon entretien. Le téléphone encore une fois est resté muet. J’ai reçu un courrier type : « Malgré la qualité de votre candidature, et bla et bla et bla ». Je suis certaine qu’ils ont retenu la fille à l’araignée. Les araignées, en effet, s’entendent à merveille avec les dalmatiens. J’aurais dû apporter la mienne. Mais mon araignée a choisi de rester accrochée au plafond.

            En revanche, je n’aurais sûrement pas du parler de Tisti, mon poisson rouge quand j’avais dix ans. Je lui apprenais les mathématiques. Sans grand succès, je crois. Il n’a jamais passé son capes.

            En remontant de la boîte aux lettres, j’ai déposé le courrier dans mon secrétaire et j’ai regagné ma chambre. J’y ai promené machinalement un regard circulaire, évitant soigneusement le lit.

            Pourtant, ça a fini par arriver. Le fantôme tapi sous le lit m’a fait une grimace. Demain j’enverrai de nouvelles candidatures.

Juin 2018

Gérard de NERVAL, Aurélia (1855)

L’œuvre de Gérard de NERVAL, Aurélia (1855), retranscrit l’étroite collaboration ou plus précisément la cohabitation entre le rêve et la vie. Ainsi Nerval raconte ses rêves, ses hallucinations, lui qui fut interné en 1841 et se suicida le 26 janvier 1855.

Cette œuvre m’a paru complexe, elle est très difficile à résumer. Voici toutefois quelques éléments glanés au fil des pages :

  • le soleil, la lumière versus la mort et le néant : deux topiques qui rythment Aurélia ;
  • la religion occupe une place fondamentale dans l’oeuvre ; s’il est question de Dieu et de la Sainte-Vierge, le blasphème mais surtout la question du salut sont omniprésents ;
  • l’intertextualité de même que de nombreuses références picturales sont prégnantes ;
  • Enfin, en vrac, la ville, les couleurs, les descriptions, les vêtements et le bestiaire sont des éléments à souligner.

A approfondir !